L HOMME : INTELLIGENCE, VOLONTÉ
s'élève jamais au-dessus des représentations matérielles, ou, tout au plus, au-dessus d'une toute première comparaison et combinaison de ces représentations entre elles, de même leur langage, dénué d'organisation et incapable de développement, |i23 n'exprime que des sensations ou des notions matérielles, jamais des idées. Je puis donc dire, sans crainte d'être réfuté, que, de tous les animaux de cette terre, l'homme seul pense et parle.
Seul il est doué de cette puissance d'abstraction qui — sans doute fortifiée et développée dans l'espèce humaine par le travail des siècles, en l'élevant successivement en lui-même, c'est-à-dire dans sa pensée et seulement par l'action abstractive de sa pensée, au-dessus de tous les 1 121 objets qui l'environnent et même au-dessus de lui-même en tant qu'individu et espèce — lui permet de concevoir ou de créer l'idée de la Totalité des êtres, de l'Univers et de l'Infini absolu : idée complètement abstraite, vide de tout contenu et, comme telle, identique au Néant, sans doute, mais qui tout de même s'est montrée toute-puissante dans le développement historique de l'homme, parce qu'ayant été une des causes principales de toutes ses conquêtes et en même temps de 1 125 toutes ses divagations, de ses malheurs et de ses crimes postérieurs, elle l'a arraché aux prétendues béatitudes du paradis animal, pour le jeter dans les triomphes et dans les tourments infinis d'un développement sans bornes.
Grâce à cette puissance d'abstraction, l'homme, en
s'clevant au-dessus de la pression immédiate que les objets extérieursexercentsur l'individu, peut les comparer les uns avec les autres et observerleurs rapports mutuels : voilà le commencement de l'analyse et de la science expérimentale. Grâce à cette même faculté, l'homme se dédouble pour ainsi dire, et, se séparant de lui-même en lui-même, il s'élève en quelque sorte au-dessus de ses propres mouvements intérieurs, au-dessus des sensations qu'il éprouve, des instincts, des appétits, des désirs qui s'éveillent en lui, aussi bien que des tendances affectives qu'il ressent; ce qui lui donne la possibilité de les comparer entre eux, de même qu'il compare les objets et les mouvements extérieurs, et de prendre parti pour les uns contre les autres, selon l'idéal de justice et de bien, ou selon la passion dominante, que l'influence de la société et des circonstances particulières ont développés et fortifiés en lui. Cette puissance de prendre parti en faveur d'un ou de plusieurs moteurs, qui agissent en lui dans un sens déterminé, contre d'autres moteurs également intérieurs et déterminés, s'appelle la volonté.
Ainsi expliqués et compris, l'esprit de l'homme et.sa volonté ne se présentent plus comme des puissances absolument autonomes, indépendantes du monde matériel et capables, en créant, l'un des pensées, l'autre des actes spontanés, de rompre l'enchaînement fatal des effets et des causes qui constitue la solidarité universelle des mondes. L'un et l'autre apparaissent au contraire comme des forces dont l'indépendance