‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 40 sur 75 · l'homme : INTELLIGEN'CE, VOLONTE · texte numérisé non relu

l'homme : INTELLIGEN'CE, VOLONTE

est \\i6 excessivement relative, parce que, tout aussi bien que la force musculaire de l'homme, ces forces ou ces capacite's nerveuses se forment dans chaque individu par un concours de circonstances, d'influences et d'actions extérieures, mate'rielles et sociales, absolument indépendantes et de sa pensée et de sa volonté. Et tout aussi bien que nous devons rejeter la possibilité de ce que les métaphysiciens nomment les idées spontanées, nous devons rejeter aussi les actes spontanés de la volonté, le libre arbitre et la responsabilité morale de l'homme, dans le sens théologique, métaphysique et juridique de ce mot.

Chaque homme à sa naissance et pendant toute la durée de son développement, de sa vie, n'étant autre chose que la résultante d'une quantité innombrable d'actions, de circonstances, et de conditions innombrables, matérielles et sociales, qui continuent de le produire tant qu'il vit, d'où lui viendrait, à lui, chaînon passager et à peine perceptible de l'enchaînement universel de tous les êtres passés, présents et à venir, la puissance de rompre par un acte volontaire cette éternelle et omnipotente solidarité, le seul être universel et absolu qui existe réellement, mais qu'aucune imagination humaine ne saurait embrasser? Reconnaissons donc, une fois pour toutes, que vis-à-vis de cette universelle nature, notre mère, qui nous forme, nous élève, nous nourrit, nous enveloppe, nous pénètre jusque dans la moelle de nos os et jusqu'aux plus intimes profondeurs de notre être intellectuel et moral, et [127 qui finit toujours par nous

cioufler dans son embrassemcnt maternel, il n'est, pour eux, ni d'indépendance ni de révolte possible.

Il est vrai que, par la connaissance et par l'application réfléchie des lois de la nature, l'homme s'émancipe graduellement, mais non de ce joug universel que portent avec lui tous les êtres vivants et toutes les choses qui existent, qui se produisent et qui disparaissent dans le monde; il se délivre seulement de la pression brutale qu'exerce sur lui son monde extérieur, matériel et social, y compris toutes les choses et tous les hommes qui l'entourent. Il domine les choses par la science et par le travail ; quant au joug arbitraire des hommes, il le renverse par les révolutions. Tel est donc l'unique sens rationnel de ce mot liberté : c'est la domination sur les choses extérieures, fondée sur l'observation respectueuse des lois de la nature; c'est l'indépendance vis-à-vis des prétentions et des actes despotiques des hommes ; c'est la science, le travail, la révolte politique, c'est enfin l'organisation à la fois réfléchie et libre du milieu social, conformément aux lois naturelles qui sont inhérentes à toute humaine société. La première et la dernière condition de cette liberté restent donc toujours la soumission la plus absolue à l'omnipotence de la nature, notre mère, et l'observation, l'application la plus rigoureuse de ses lois.

Personne ne parle du libre arbitre des animaux. Tous s'accordenten ceci, que les animaux, à chaque instant de leur vie et dans chacun de leurs actes.

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