‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 41 sur 75 · l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ · texte numérisé non relu

l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ

sont déterminés par des causes indépendantes de leur pensée et de leur volonté ; qu'ils suivent fatalement l'impulsion qu'ils reçoivent tant du monde extérieur que de leur propre nature intérieure ; |i28 qu'ils n'ont aucune possibilité, en un mot, d'interrompre par leurs idées et par les actes spontanés de leur volonté le courant universel de la vie, et que par conséquent il n'existe pour eux aucune responsabilité ni juridique, ni morale (*). Et pourtant, tous les animaux sont incontestablement doués et d'intelligence et de volonté. Entre ces facultés animales et les facultés correspondantes de l'homme, il n'y a qu'une différence quantitative, une différence de degré. Pourquoi donc déclarons-nous l'homme absolument responsable et l'anim.al absolument irresponsable?

{*) Cette idée de l'irresponsabilité morale des animaux est admise par tous. Mais elle n'est pas conforme en tous points à la vérité. Nous pouvons nous en assurer par l'expérience de chaque jour, dans nos rapports avec les animaux apprivoisés et dressés. Nous les élevons non en vue de leur utilité et de leur moralité propres, mais conformément à nos intérêts et à nos buts; nous les habituons à dominer, à contenir leurs instincts, leurs désirs, c'est-à-dire nous développons en eux une force intérieure qui n'est autre chose que la volonté. Et lorsqu'ils agissent contrairement aux habitudes que nous avons voulu leur donner, nous les punissons; donc nous les considérons, nous les traitons comme des êtres responsables, capables de comprendre qu'ils ont enfreint la loi que nous leur avons imposée, et nous les soumettons à une sorte de juridiction domestique. Nous les traitons en un mot comme le Bon Dieu des chrétiens traite les hommes, — avec cette différence que nous le faisons pour notre utilité, lui pour sa gloire, nous pour satisfaire notre égoïsme, lui pour contenter et nourrir son infinie vanité. {Note de Bakounine.)

Je pense que l'erreur ne consiste pas dans cette idée de responsabilité, qui existe d'une manière très réelle non seulement pour l'homme, mais pour tous les animaux aussi, sans en excepter aucun, quoique à différents degrés pour chacun ; clic consiste dans le sens absolu que notre vanité humaine, soutenue par une aberration théologique ou métaphysique, donne à la responsabilité humaine. Toute l'erreur est dans ce mot: absolu. L'homme n'est pas absolument responsable et l'animal n'est pas absolument irresponsable. La responsabilité de l'un comme de l'autre est relative au degré de réflexion dont il est capable.

Nous pouvons accepter comme un axiome général que ce qui n'existe pas dans le monde animai, au moins à l'état de germe, n'existe et ne se produira jamais dans le monde humain, Jio» l'humanité n'étant rien que le dernier développement de l'animalité sur cette terre. Donc, s'il n'y avait pas de responsabilité animale, il ne pourrait y avoir aucune responsabilité humaine, l'homme étant d'ailleurs soumis à l'absolue omnipotence de la nature, tout aussi bien que l'animal le plus imparfait de cette terre; de sorte qu'au point de vue absolu, les animaux et l'homme sont également irresponsables.

Mais la responsabilité relative existe certainement à tous les degrés de la vie animale ; imperceptible dans les espèces inférieures, elle est déjà très prononcée dans les animaux doués d'une organisation supérieure. Les bêtes élèvent leurs enfants, elles en

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