l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ
tous ies animaux de cette terre, l'espèce humaine en est douée à Im un degré supérieur. Mais dans cette espèce elIe-niGme tous les individus n'apportent pas en naissant une égale disposition volitivc, la plus ou moins grande capacité de vouloir étant préalablement déterminée en chacun par la santé et le développement normal de son corps et surtout par la plus ou moins heureuse conformation de son cerveau. Voici donc, dès le début, une différence dont l'homme n'est aucunement responsable. Suis-je coupable si la nature m'a doué d'une capacité de vouloir inférieure? Les théologiens et les métaphysiciens les plus enragés n'oseront pas dire que ce qu'ils appellent les âmes, c'est-à-dire l'ensemble des facultés affectives, intelligentes et volitives que chacun apporte en naissant, soient égales.
Il est vrai que la faculté de vouloir, aussi bien que toutes les autres facultés de l'homme, peuvent être développées par l'éducation, par une gymnastique qui lui est propre. Cette gymnastique habitue peu à peu les enfants, d'abord à ne point manifester immédiatement les moindres de leurs impressions, ou à contenir plus ou moins les mouvements réactifs de leurs muscles, lorsqu'ils sont irrités par les sensations tant extérieures qu'intérieures qui leur sont transmises par les nerfs; plus tard, lorsqu'un certain degré de réflexion, développé par une éducation qui lui est également propre, s'est formé dans l'enfant, cette même gymnastique, prenant à son tour un caractère de plus en plus réfléchi, appelant à son
aide l'intelligence naissante de l'enfant et se fondant sur un certain degré de force volitive qui s'est développé en lui, l'habitue à reprimer l'expression immédiate de ses sentiments et de ses désirs, et à soumettre enfin tous les mouvements volontaires de son corps, aussi bien que ce qu'on appelle son âme, sa pensée même, ses paroles et ses actes, à un but dominant, bon on mauvais.
La volonté de l'homme ainsi développée, exercée, n'est évidemment de nouveau rien que le produit d'influences qui lui sont extérieures et qui s'exercent sur elle, qui la déterminent et la forment, indépendamment de ses propres résolutions. Un homme peut-il être rendu responsable de l'éducation, bonne ou mauvaise, 1 132 suffisanie ou insuffisante, qu'on lui a donnée ?
Il est vrai que lorsque, dans l'adolescent ou le jeune homme, Vhabilude de penser ou de vouloir est arrivée, grâce à cette éducation qu'il a reçue du dehors, à un certain degré de développement, au point de constituer en quelque sorte une force intérieure, identifiée désormais à son être, il peut continuer son instruction et même son éducation morale lui-même, par une gymnastique pour ainsi direspontanée de sa pensée et même de sa volonté, aussi bien que de sa force musculaire; spontanée dans ce sens, qu'elle ne sera plus uniquement dirigée et déterminée par des volontés et des actions extérieures, mais aussi par cette force intérieure de penser et de vouloir qui, après s'être formée et consolidée en lui par