‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 44 sur 75 · l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ · texte numérisé non relu

l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ

l'action passée de ces causes extérieures, devient à son tour un moteur plus ou moins actif et puissant, un producteur en quelque sorte indépendant des choses, des idées, des volontés, des actions qui l'entourent immédiatement.

L'homme peut devenir ainsi, jusqu'à un certain point, son propre éducateur, son propre instructeur, et comme le créateur de soi-même. Mais on voit qu'il n'acquiert par là qu'une indépendance tout à fait relative et qui ne le soustrait aucunement à la dépendance fatale, ou si Ton veut à la solidarité absolue, par laquelle, comme être existant et vivant, il est irrévocablement enchaîné au monde naturel et social dont il est le produit, et dans lequel, comme tout ce qui existe, après avoir été effet, et continuant de l'être toujours, il devient à son tour une cause relative de produits relatifs nouveaux.

Plus tard, j'aurai l'occasion de montrer que l'homme le plus développé sous le rapport de l'intelligence et de la volonté se trouve encore, par rapport à tous ses sentiments, ses idées et ses volontés, dans une dépendance quasi -absolue vis-à-vis du monde naturel et social qui l'entoure, et qui à chaque moment de son existence détermine les conditions de sa vie. Mais au point même où nous sommes arrivés, il est évident qu'il n'y a pas lieu à la responsabilité humaine telle que les théologiens, les métaphysiciens et les juristes la conçoivent.

Nous avons vu que l'homme n'est nullement responsable 1 133 ni du degré des capacités intellectuelles

qu'il a apportées en naissant, ni du genre d'éducation bonne ou mauvaise que ces facultés ont reçue avant l'âge de sa virilité ou au moins de sa puberté. Mais nous voici arrivés à un point où l'homme, conscient de lui-même, et armé de facultés intellectuelles et morales déjà aguerries, grâce à l'éducation qu'il a reçue du dehors, devient en quelque sorte le producteur de lui-même, pouvant évidemment développer, étendre et fortifier lui-même son intelligence et sa volonté. Celui qui, trouvant celte possibilité en lui-même, n'en profite pas, n'cst-il pas coupable?

Et comment le serait-il? Il est évident qu'au moment où il doit et peut prendre cette résolution de travailler sur lui-même, il n'a pas encore commencé ce travail spontané, intérieur, qui fera de lui en quelque sorte le créateur de lui-même et le produit de sa propre action sur lui-même; en ce moment il n'est encore rien que le produit de l'action d'autrui ou des influences extérieures qui l'ont amené à ce point ; donc la résolution qu'il prendra dépendra non de la force de pensée et de volonté qu'il se sera donnée à lui-même, puisque son propre travail n'a pas encore commencé, mais de celle qui lui aura été donnée tant par sa nature que par l'éducation, indépendamment de sa résolution propre; et la résolulion bonne ou mauvaise qu'il prendra ne sera encore rien que l'effet ou le produit immédiat de cette éducation et de cette nature dont il n'est aucunement responsable; d'où il résulte que cette résolution ne

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