l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ
existe est en même temps effet et cause, producteur et produit, chaque homme nous 1 135 apparaît à chaque instant de sa vie comme un être absolument de'terminé, incapable de rompre ou d'interrompre seulement le courant universel de la vie, et par conse'quent mis en dehors de toute responsabilité' juridique. Avec toute cette conscience de lui-même qui produit en lui ce mirage d'une prétendue spontanéité, malgré cette intelligence et cette [136 volonté qui sont les conditions indispensables de l'établissement de sa liberté vis-à-vis du monde extérieur, y compris les hommes qui l'entourent, l'homme, aussi bien que tous les animaux de cette terre, n'en reste pas moins soumis d'une manière absolue à l'universelle fatalité qui règne dans la nature.
La puissance de penser et la |i37 puissance de vouloir, ai-je dit, sont des puissances toutes formelles ('), qui n'impliquent pas nécessairement et
core pour tout le monde qu'à l'état de phrase banale, sans qu'aucun songe à l'appliquer d'une manière sérieuse et réelle.
Cette loi générale de la morale humaine existe-t-elle en réalité? Oui, sans doute, elle 1 130 existe. Elle est fondée sur la nature même de l'homme non ea tant qu'être exclusivement individuel, mais en tant qu'être social; elle constitue proprement la nature et par conséquent aussi le vrai but de tous les développements de l'hunaaine société, et elle se distingue essentiellement de la morale théologique, métaphysique et juridique par ceci, qu'elle n'est point une morale individuelle, mais sociale. — J'y reviendrai donc en parlant de la société. (Note de Bakou)iiiie.)
(i) Sur ce motdQ formelle, voir la remarque placée, p. 242, à la tin de la note. — J. G.
26o APPENDICE
toujours, Tune, la vérité, et l'autre, le bien. L'hisioire nous montre l'exemple de beaucoup de penseurs très puissants qui ont radoté. De ce nombre ont été et sont encore aujourd'hui tous les | 138 théologiens, métaphysiciens, juristes, économistes, spiritualistes et idéalistes de toutes sortes, passés et présents. Toutes les fois quun penseur, si puissant qu'il soit, raisonnera sur des bases fausses, il arrivera nécessairement à des conclusions fausses, et ces conclusions seront d'autant plus monstrueuses qu'il aura mis plus de puissance | 139 a les développer.
Qu'est-ce que la vérité? C'est la juste appréciation des choses et des faits, de leur développement ou de la logique naturelle qui se manifeste en eux. C'est la conformité aussi sévère que possible du mouvement de la pensée avec celui du monde réel qui est l'unique objet de la pensée. Donc, toutes les fois que l'homme raisonnera sur les choses et sur les faits sans se soucier de leurs rapports réels et des conditions réelles de leur développement et de leur existence; ou bien lorsqu'il bâtira ses spéculations théoriques sur des choses qui n'ont jamais existé, sur des faits qui n'ont jamais pu se passer et qui n'ont qu'une existence tout imaginaire, toute hctive, dans l'ignorance et dans la stupidité historique des générations passées, il battra nécessairement la campagne, quelque puissant penseur qu'il soit.
Il en est de même de la volonté. L'expérience nous démontre que la puissance de la volonté est bien loin d'être toujours la puissance du bien : les