l'homme ; INTELLIGENCE, VOLONTÉ
ce n'est pas une idée, mais un fait universel, au delà duquel il nous est impossible de rien concevoir ; et ce fait n'est point du tout un Etre immuable, mais, au contraire, c'est le mouvement perpétuel, se manifestant, se formant par une infinité d'actions et de réactions relatives : mécaniques, physiques, chimiques, géologiques, végétales, animales, et humainement sociales. Comme résultant toujours de cette combinaison de mouvements relatifs sans nombre, ce moteur universel est aussi tout-puissant qu'il est inconscient, fatal et aveugle.
Il crée les mondes, en même temps qu'il en est toujours le produit. Dans chaque règne de notre nature terrestre, il se manifeste par des lois ou des manières de développement particulières. C'est ainsi que dans le monde inorganique, dans la formation géologique | 142 de notre globe, il se présente comme l'action et la réaction incessante de lois mécaniques, physiques et chimiques, qui semblent se réduire à une loi fondamentale : celle de la pesanteur et du mouvement, ou bien de l'attraction matérielle, dont toutes les autres lois n'apparaissent plus alors que comme les manifestations ou transformations différentes. Ces lois, comme je l'ai déjà observé plus haut, sont générales en ce sens qu'elles embrassent tous les phénomènes qui se produisent sur la terre, réglant aussi bien les rapports et le développement de la vie organique, végétale, animale et sociale, que ceux de l'ensemble inorganique de§ choses.
Dans le monde organique, ce même moteur universel se manifeste par une loi nouvelle, qui est fondée sur l'ensemble de ces lois générales, et qui n'en est sans doute rien qu'une transformation nouvelle, transformation dont le secret nous échappe jusqu'ici, mais qui est une loi particulière en ce sens, qu'elle ne se manifeste que dans les êtres vivants : plantes et animaux, y compris l'homme. C'est la loi de la fjutrition, consistant, pour me servir des propres expressions d'Auguste Comte : « i" Dans Vabsorption intérieure des matériaux nutritifs puisés dans le système ambiant, et leur assimilation graduelle ; 2^ Dans l'exhalation à l'extérieur des molécules, dès lors étrangères, qui se désassimilent nécessairement à mesure que cette nutrition s'accomplit (*). »
Cette loi est particulière en ce sens, ai-je dit, qu'elle ne s'applique pas aux choses du monde inorganique, mais elle est générale et fondamentale pour tous les êtres vivants. C'est la question de la nourriture, la grande question de Véconomie sociale qui constitue la base réelle de tous les développements postérieurs de l'humanité (**).
(*) Auguste Comtb, Cours de Philosophie positive, t. III, p. 464. (Note de liakounine.)
(**) « II est incontestable que dans l'immense majorité des êtres qui en jouissent, la vie animale ne constitue qu'un simple perfectionnement complémentaire, surajoute, pour ainsi dire, à la vie or^aniqui ^végétale) ou fuiidanient.iie, et propre, s jit a liù p ocurer des matcrijux par une intelligente réaction sur le monde extérieur, soit même a préparer ou a faciliter ses actes la digestion, la recherche et le choix des aliments) par les