l'homme : INTELLIGENCE, VOLONTÉ
aucun cas, être conçue, sans entraîner, de toute nécessité, la cessation simultanée de la vie animale. Quant au second aspect, jusqu'ici beaucoup mieux e'clairci, chacun peut aisément reconnaître, soit pour les phénomènes ciCirritabilité ou pour ceux de la sensibilité, qu'ils sont essentiellement dirigés, à un degré quelconque de l'échelle animale, par les besoins généraux delà vie organique, dont ils perfectionnent le mode fondamental, soit en lui procurajit de meilleurs matériaux, soit en prévenant ou écartant les influences défavorables : les fonctions intellectuelles et morales n'ont point elles-mêmes ordinairement d'autre office primitif. Sans une telle destination générale, l'irritabilité dégénérerait nécessairement en une agitation désordonnée et la sensibilité en une vague contemplation : dès lors, ou l'une, ou l'autre, de'truirait bientôt l'organisme par un exercice immode're', ou elles s'atrophieraient spontanément, faute de stimulation convenable. C'est 1 145 seulement dans l'espèce humaine, et parvenue même à un haut degré de civilisation, qu'il est possible de concevoir une sorte d'inversion de cet ordre fondamental, en se représentant, au contraire, la vie végétative comme essentiellement subordonnée à la vie animale, dont elle est seulement destinée à permettre le développement, ce qui constitue, ce me semble, la plus noble notion qu'on puisse se former de l'humanité proprement dite, distincte de l'animalité : encore une telle transformation ne devient-elle possible, sous peine de
tomber dans un mvsiicisme très dangereux, qu\uitant que, par une heureuse abstraction fondamentale^ on transporte à l'espèce entière, ou du moins à la société, le but primitif (celui de la nutrition ci de la conservation de soi-même) qui, pour les animaux, est borné à Vindiviciu, ou s'étend tout au plus momentanément à la famille (*). »
Et dans une note qui suit immédiatement ce passage, Auguste Comte ajoute :
0 Un philosophe de l'école mëtaphysico-théologique a, de nos jours, pre'tendu caracte'riser l'homme par cette formule retentissante : Une intelligence servie par des organes... La de'finition inverse serait évidemment beaucoup plus vraie, surtout peur rhomme primitif, non perfectionne par un état social très développé... A quelque degré que puisse parvenir la civilisation, ce ne sera jamais que che\ un petit nombre d'hommes d'élite que Vintelligence pourra acquérir, dans l'ensemble de l'organisme, une prépondérance asse'{ prononcée pour devenir réellement le but essentiel de toute existence humaine, au lieu d'être seulement employée à titre de simple instrument, comme moyen fondamental de procurer une plus parfaite satisfaction des principaux besoins organiques : ce qui, abstraction faite de toute vaine déclamation, \ no caractérise certainement le cas le plus ordinaire (**). >>
[', Auguste Comte, Cours de Philosophie positive, t. 111, pages 493-494. {S'ote de Bakounine.) {"} Par cls paroles. Auguste Comte prépare évidemment les