‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 59 sur 75 · ANIMALITE, HUMANITÉ 20l · texte numérisé non relu

ANIMALITE, HUMANITÉ 20l

du monde animal, en conse'quence de laquelle les organisations les plus intelligentes et les plus énergiques remplacent successivement des organisations infe'rieures, incapables de soutenir à la longue cette lutte contre elles. Sous ce rapport, mais seulement sous ce rapport, il y a incontestablement dans le monde animal mouvement et progrès. Mais au sein même des espèces, des familles et des classes d'animaux, il n'y en a aucun ou presque aucun.

Le travail de l'homme, considéré tant au point de vue des méthodes qu'à celui des produits, est aussi perfectible et progressif que son esprit. Par la combinaison de son activité cérébrale ou nerveuse avec son activité musculaire, de son intelligence scientifiquement développée avec sa force physique, par l'application de sa pensée progressive à son travail, qui, d'exclusivement animal, instinctif et quasi-machinal et aveugle qu'il était d'abord, devient de plus en plus intelligent, l'homme crée son monde humain. Pour se faire une idée de l'immense carrière qu'il a parcourue et des progrès énormes de son industrie, qu'on compare seulement la hutte du sauvage avec ces palais luxueux de Paris que les sauvages Prussiens se croient providentiellement destinés à détruire; et les pauvres armes des populations primitives avec ces terribles engins de destruction qui semblent être devenus le dernier mot de la civilisation germanique.

Ce que toutes les autres espèces d'animaux, prises ensemble, n'ont pu faire, l'homme seul l'a fait.- Il a l^A i6.

réellement transforme une grande partie de la surface du globe; il en a faii un lieu favorable à l'existence, à la civilisation humaine. Il a maîtrisé et vaincu |i57 la nature. Il a transformé cet ennemi, ce despote d'abord si terrible, en un serviteur utile, ou au moins en un allié aussi puissant que Hdèle.

Il faut pourtant se rendre bien compte du véritable sens de ces expressions : vaincre la nature, maîtriser la nature. On risque de tomber dans un malentendu très fâcheux, et d'autant plus facile que les théologiens, les métaphysiciens et les idéalistes de toutes sortes ne manquent Jamais de s'en servir pour démontrer la supériorité de l'homme-esprit sur la nature-matière. Ils prétendent qu'il existe un esprit en dehors de la matière, et ils subordonnent naturellement la matière à l'esprit. Non contents de cette subordination, ils font procéder la matière de l'esprit, en présentant ce dernier comme créateur de la première. Nous avons fait justice de ce non-sens, dont nous n'avons plus à nous occuper ici. Nous ne connaissons et ne reconnaissons pas d'autre esprit que l'esprit animal considéré dans sa plus haute expression, comme esprit humain. Et nous savons que cet esprit n'est point un être à part en dehors du monde matériel, mais qu'il n'est autre chose que le propre fonctionnement de cette matière organisée et vivante, de la matière animalisée, et spécialement du cerveau.

Pour maîtriser la nature dans le sens des métaphysiciens, l'esprit devrait en effet exister tout à fait

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