ANIMALITÉ, HUMANITÉ
en dehors de la matière. Mais aucun idéaliste n'a encore su re'pondre à cette question : La matière n'ayant point de limite ni dans sa longueur, ni dans sa largeur, ni dans sa profondeur, et l'esprit e'tant suppose' résider en dehors de cette matière qui occupe dans tous les sens possibles toute l'infinité de l'espace, quelle peut être donc la place de l'esprit? Ou bien il doit occuper la môme place que la matière, être exactement répandu partout comme elle, avec elle, être inséparable de la matière, ou bien il ne peut exister. Mais si l'esprit pur est inséparable de la matière, alors il est perdu dans la matière et il n'existe que comme matière ; ce qui reviendrait à dire que la matière seule existe. Ou bien il faudrait supposer que tout en étant inséparable de (153 la matière, il reste en dehors d'elle. Mais où donc, puisque la matière occupe tout l'espace? Si l'esprit est en dehors de la matière, il doit être limité par elle. Mais comment l'immatériel pourrait-il être soit limité, soit contenu par le matériel, l'infini par le fini ? Si l'esprit est absolument étranger à la matière, et indépendant d'elle, n'est-il pas évident qu'il ne doit, qu'il ne peut exercer sur elle la moindre action, avoir sur elle aucune prise? car seul ce qui est matériel peut agir sur les choses matérielles.
On voit bien que de quelque manière qu'on pose cette question, on arrive nécessairement à une absurdité monstrueuse. En s'obstinant à faire vivre ensemble deux choses aussi incompatibles que l'esprit pur et la matière, on aboutit à la négation de
l'un et de l'autre, au ne'ant. Pour que l'existence de la matière soit possible, il faut qu'elle soit, — elle qui est l'Etre par excellence, l'Etre unique, en un mot tout ce qui est, — il faut, dis-je, qu'elle soit la base unique de toute chose existante, le fondement de l'esprit. Et pour que l'esprit puisse avoir une consistance réelle, il faut qu'il procède de la matière, qu'il en soit une manifestation, le fonctionnement, le produit. L'esprit pur, comme je m'en vais le de'montrer plus tard, n'est autre chose que l'abstraction absolue, le Néant.
Mais du moment que l'esprit est le produit de la matière, comment peut-il modifier la matière ? Puisque l'esprit humain n'est autre chose que le lonciionnement de l'organisme humain et que cet organisme est le produit tout à fait mate'riel de cet ensemble indéfini d'eflets et de causes, de cette causalité universelle que nous appelons la nature, où prend-il la puissance nécessaire pour transformer la nature? Entendons-nous bien : l'homme ne peut arrêter ni changer ce courant universel des efî'ets et des causes ; il est incapable de modifier aucune loi de la nature, puisqu'il n'existe lui-même et qu'il n'agit, soit consciemment, soit inconsciemment, qu'en vertu de ces lois. Voici un ouragan qui souffîe et qui brise tout sur son passage, poussé par une force qui lui semble inhérente. S'il avait pu avoir conscience de lui-même, il aurait pu dire : « C'est moi qui, par mon action cl ma volonté spontanée, brise ce que la 1 159 nature a créé » ; et il serait dans