ANIMALITÉ, HUMANITÉ
Terreur. Il est une cause de destruction, sans doute, mais une cause relative, effet d'une quantité d'autres causes ; il n'est qu'un phe'nomène fatalement de'terminé par la causalité' universelle, par cet ensemble d'actions et de réactions continues qui constitue la nature. Il en est de même de tous les actes qui peuvent être accomplis par tous les êtres organisés, animés et intelligents. A linstant où ils naissent, ils ne sont d'abord rien que des produits; mais à peine nés, tout en continuant d'être produits et reproduits jusqu'à leur mort par cette même nature qui les a créés, ils deviennent à leur tour des causes relativement agissantes, les uns avec la conscience et le sentiment de ce qu'ils font, comme tous les animaux y compris l'homme, les autres inconsciemment, comme toutes les plantes. Mais quoi qu'ils fassent, les uns comme les autres ne sont rien que des causes relatives, agissantes au sein même et selon les lois de la nature, Jamais contre elles. Chacun agit selon les facultés ou les propriétés ou les lois qui lui sont passagèrement inhérentes, qui constituent tout son être, mais qui ne sont pas irrévocablement attachées à son existence ; à preuve que, lorsqu'il meurt, ces facultés, ces propriétés, ces lois ne meurent pas ; elles lui survivent, adhérentes à des êtres nouveaux et n'ayant d'ailleurs aucune existence en dehors de cette contemporanéité el de cette succession des êtres réels, de sorte qu'elles ne constituent elles-mêmes aucun être immatériel ou à part, étant éternellement adhérentes aux transfor-
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malions de la matière inorganique, organique et animale, ou plutôt n'étant elles-mcmes autre chose que ces transformations régulières de l'être unique, de la matière, dont chaque être, mCme le plus intelligent, et en apparence le plus volontaire, le plus libre, à chaque moment de sa vie, quoi qu'il pense, quoi qu'il entreprenne, quoi qu'il fasse, n'est rien qu'un repre'sentant, un fonctionnaire, un organe involontaire et fatalement déterminé par le courant universel des effets et des causes.
L'action des hommes sur la nature, aussi fatalement déterminée par les lois de la nature que l'est toute autre action dans le monde, est la continuation, très indirecte sans doute, de l'action mécanique, physique et chimique de tous les êtres inorganiques composés et élémentaires; la continuation plus directe I ifio de l'action des plantes sur leur milieu naturel ; et la continuation immédiate de l'action de plus en plus développée et consciente d'elle-même de toutes les espèces d'animaux. Elle n'est pas en ( effet autre chose que l'action animale, mais dirigée par une intelligence progressive, par la science ; cette intelligence progressive et cette science n'étant d'ailleurs elles-mêmes qu'une transformation nouvelle de la matière dans l'homme; d'où il résulte que lorsque l'homme agit sur la nature, c'est encore la nature qui réagit sur elle-même. On voit qu'aucune révolte de l'homme contre la nature n'est possible.
L'homme ne peut donc jamais lutter contre la nature ; par conséquent il ne peut ni la vaincre, ni la