ANIMALITÉ, HUMANITÉ
activité. Mais tout ce qui est formel n'acquiert une re'alité quelconque qu'en se rapportant à son objet : et quel est l'objet de cette activité formelle que nous appelons la pensée ? C'est le monde réel. L'intelligence humaine ne se développe, ne progresse que par la connaissance des choses et des faits réels ; par l'observation réfléchie et par la constatation de plus en plus exacte et détaillée des rapports qui existent entre eux, et de la succession régulière des phénomènes naturels, des différents ordres de leur développement, ou, en un mot, de toutes les lois qui leur sont propres. Une fois que l'homme a acquis la connaissance de ces lois, auxquelles sont soumises toutes les existences réelles, y compris la sienne propre, il apprend d'abord à prévoir certains phénomènes, ce qui lui permet de les prévenir ou de se garantir contre celles de leurs conséquences qui pourraient être fâcheuses et nuisibles pour lui. En outre, cette 1 1C2 connaissance des lois qui président au développement des phénomènes naturels, appliquée à son travail musculaire et d'abord purement instinctif ou animal, lui permet à la longue de tirer parti de ces mêmes phénomènes naturels et de toutes les choses dont l'ensemble constitue le monde extérieur et qui lui étaient d'abord si hostiles, mais qui, grâce à ce larcin scientifique, finissent par contribuer puissamment à la réalisation de ses buts.
Pour donner un exemple très simple, c'est ainsi que le vent, qui d'abord l'écrasait sous la chute des arbres déracinés par sa force, ou qui renversait sa
huile sauvage, a cie' force' plus tard de moudre son ble. C'est ainsi qu'un des éléments les plus destructeurs, le feu, arrange' convenablement, a donne' à l'homme une bienfaisante chaleur, et une nourriture moins sauvage, plus humaine. On a observé que les singes les plus intelligents, une fois que le feu a été allumé, savent bien venir s'y chautfer, mais qu'aucun n'a su en allumer un lui-mcme, ni même l'entretenir en V jetant du bois nouveau. Il est indubitable aussi que bien des siècles se passèrent avant que l'homme, sauvage, et aussi peu intelligent que les singes, ait appris cet art aujourd'hui si rudimentaire, si trivial et en même temps si précieux d'attiser et de manier le feu pour son propre usage. Aussi les mythologies anciennes ne manquèrent-elles pas de diviniser l'homme ou plutôt les hommes qui en surent tirer parti les premiers. Et, en général, nous devons supposer que les arts les plus simples, et qui constituent à cette heure les bases de l'économie domestique des populations les moins civilisées, ont coûté des efforts immenses d'invention aux premières générations humaines. Cela explique la lenteur désespérante du développement humain pendant les premiers siècles de l'histoire, comparé au rapide développement de nos jours.
Telle est donc la manière dont l'homme a transformé et continue de transformer, de vaincre et de maîtriser son milieu, la nature extérieure. Est-ce par une révolte contre les lois de cette naiure universelle qui, embrassant tout ce qui | ic3 est, constitue aussi