‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 68 sur 75 · LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA RELIGION

chrétienne, ni même de'iste, mais esprit-fort, ne croyant, comme M. de Bismarck, feu le comte de Cavour, feu Mouravief le pendeur, et Napoléon III, l'empereur déchu, ni à Dieu ni au Diable, protègent néanmoins, avec un intérêt visible, toutes les religions, pourvu que ces religions enseignent, comme elles le font du reste toutes, la résignation, la patience et la soumission.

Cet intérêt unanime des gouvernants de tous les pays pour le maintien du culte religieux prouve combien il est nécessaire, dans l'intérêt des peuples, qu'il soit combattu et renversé.

[Est-il besoin de rappeler jusqu'à quel point les 1 1G9 religions abêtissent et corrompent les peuples?...

dans les sentiments de tout prêtre quelque

chose de cruel et de sanguinaire; et pourquoi, lorsque fut agitée, il y a quelques ans, partout, la question de l'abolition de la peine de mort, prêtres catholiques romains, prêtres moscovites et grecs orthodoxes, prêtres protestants des sectes les plus différentes, tous se sont unanimement ou presque unanimement déc'arés pour son maintien (').]

(i) Le passage entre crochets, dont nous ne donnons que le commencement et la fin, et qui occupe la dernière ligne du feuillet 168 et les vingt-neuf premières lignes du feuillet i6g, a été biffé sur le manuscrit, et Bakounine a écrit en marge le mot : Employé. Ce passage se retrouve, avec quelques légers changements de forme, et moins les six dernières lignes, que l'auteur a omises et que pour cette raison nous donnons dans le texte, au feuillet 170 de la troisième rédaction de L'Empire knouto-germanique (pages 44-45 du présent volume), — J. G.

A côté de la question à la fois ncgative et positive de rémancipation et de l'organisation du travail sur les bases de l'égalité économique; à côté de la question exclusivement négative de l'abolition du pouvoir politique et de la liquidation de l'Etat, celle de la destruction des idées et des cultes religieux est une des plus urgentes, car tant que les idées religieuses ne seront pas radicalenient |ito extirpées de l'imagination des peuples, la complète émancipation populaire restera impossible.

Pour les hommes dont l'intelligence s'est élevée à la hauteur actuelle de la science, l'unité de l'Univers ou de l'Etre réel est désormais un fait acquis. Mais il est impossible de nier que ce fait qui, pour nous, est d'une telle évidence que nous ne pouvons même plus comprendre qu'il soit possible de le méconnaître, se trouve en flagrante contradiction avec la conscience universelle de Vhutnanité, qui, abstraction faite de la différence des formes sous lesquelles elle s'est manifestée dans l'histoire, s'est toujours unanimement prononcée pour l'existence de deux mondes distincts : le monde spirituel et le monde matériel, le monde divin et le monde réel. Depuis les grossiers fétichistes qui adorent, dans le milieu qui les entoure, l'action d'une puissance surnaturelle incarnée dans quelque objet matériel, jusqu'aux métaphysiciens les plus subtils et les plus transcendants, l'immense majorité des hommes, tous les peuples,

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