LA RELIGION
ont cru et croient encore aujourd'hui à l'existence d'une divinité extra-mondiale quelconque.
[Cette unanimité imposante, selon l'avis de beaucoup d'iiommes et d'écrivains illustres, et, pour ne citer que les plus renommés d'entre eux, selon l'opinion cloquemment exprimée de Joseph de Maistre et du plus grand caractère de nos jours, le patriote italien Giuseppe Mazzini, vaut plus que toutes les démonstrations de la science; et si la logique. . .
... Les exemples de ces conversions honteuses sont fréquents dans la société actuelle (*).]
Il me paraît donc urgent de résoudre complètement la question suivante :
L'homme formant avec la nature universelle un seul tout, et n'étant que le produit matériel d'un concours indéfini de causes matérielles^ comment Vidée de cette dualité^ la supposition de V existence de deux mondes opposés, dont l'un spirituel, Vautre matériel, Vun divin. Vautre naturel^ a-t-elle pu naître, s'établir et s'enraciner si profondément dans la conscience humaine?
(i) Le passage entre crochets, dont nous ne donnons que le commencement et la fin, et qui occupe les seize dernières lignes du feuillet 170, les feuillets 171 et 172 (ces deux feuillets ont étédétruits par l'auteur), et les cinq premières lignes du feuillet 173, a été biffé sur le manuscrit, et Bakounine a écrit en marge le mot russe Oupotrebleno, signifiant : Employé. Ce passage se retrouve, avec quelques changements de forme, aux feuillets 162-166 de la troisième rédaction de L'Empire knouto-^ermanique (pages 34-40 du présent volume). — J. G.
L'action et la réaction incessante du Tout sur chaque point, et de chaque point sur le Tout, constitue, ai-je dit, la loi ge'ne'raie, suprême, et la rcalitc mOnie de cet Etre unique que nous appelons l'Univers, et qui est toujours, à la fois, producteur et produit. Eternellement active, loute-puissante, source et résultante éternelle de tout ce qui est, de tout ce qui naît, agit et réagit, puis meurt en son sein, cette universelle solidarité, cette causalité mutuelle, ce procès (i) éternel de transformations réelles, tant universelles qu'infiniment détaillées, et qui se produisent dans l'espace infini, la.nature, a formé, parmi une quantité infinie d'autres mondes, notre terre, avec toute l'échelle de ses êtres, depuis les plus simples éléments chimiques, depuis les premières formations de la matière avec toutes ses propriétés mécaniques et physiques, jusqu'à l'homme. Elle les reproduit toujours, les développe, les nourrit, les conserve, puis, lorsque leur terme arrive, et souvent même avant qu'il ne soit arrivé, elle les détruit, ou plutôt les transforme en êtres nouveaux. Elle est donc la Toute-puissance contre laquelle il n'y a pas d'indépendance ni d'autonomie possible, l'être suprême qui embrasse et pénètre de son action irrésistible toute l'existence des êtres ; et, parmi les êtres vivants, il n'en est pas un seul qui ne porte en lui-même, sans
(i) Bakounine emploie le mot « procès » dans le sens du latin processus (en allemand, Pro^ess). Il serait à désirer que l'emploi du mot « procès » dans ce sens se généralisât, et qu'on renonçât, en français, à parler de processus, — J. G.