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LA RELIGION JOI

doute plus ou moins développé, le sentiment ou la sensation de cette influence suprême et de cette dépendance absolue. Eh bien, cette sensation et ce sentiment constituent le \ \-\ fond même de toute religion.

La religion, comme on voit, ainsi que toutes les autres choses humaines, a sa première source dans la vie animale. Il est impossible de dire qu'aucun animal, excepté l'homme, ait une religion déterminée, parce que la religion la plus grossière suppose encore un degré de réflexion auquel aucun animal, hormis l'homme, ne s'est encore élevé. Mais il est tout aussi impossible de nier que dans l'existence de tous les animaux, sans en excepter aucun, se trouvent tous les éléments, pour ainsi dire matériels ou instinctifs, constitutifs de la religion, moins sans doute son côté proprement idéal, celui même qui doit la détruire tôt ou tard, la pensée. En effet, quelle est l'essence réelle de toute religion? C'est précisément ce sentiment d'absolue dépendance de l'individu passager vis-à-vis de l'éternelle et omnipotents nature.

Il nous est difficile d'observer ce sentiment et d'en analyser toutes les manifestations dans les animaux d'espèces inférieures ; pourtant nous pouvons dire que l'instinct de conservation qu'on retrouve jusque dans les organisations relativement les plus pauvres, sans doute à un moindre degré que dans les organisations supérieures, n'est rien qu'une sagesse coutumière qui se forme en chaque animal, sous l'influence

de ce sentiment qui n'est autre que le premier fondement du sentiment religieux. Dans les animaux doue's d'une organisation plus complète et qui se rapprochent davantage de l'homme, il se manifeste d'une manière beaucoup plus sensible pour nous, dans la peur instinctive et panique, par exemple, qui s'empare d'eux à l'approche de quelque grande catastrophe naturelle, telle qu'un tremblement de terre, un incendie de forêt ou une forte tempête, ou bien à l'approche de quelque féroce animal carnassier, d'un Prussien des forêts (^). Et, en géne'ral, on peut dire que la peur est un des sentiments prédominants dans la vie animale. Tous les animaux vivant en liberté sont farouches, ce qui prouve qu'ils vivent dans une peur instinctive incessante, qu'ils ont toujours le sentiment du danger, c'est-à-dire celui d'une influence toute-puissante qui les poursuit, les pénètre et les enveloppe toujours et partout. Cette crainte, la crainte de Dieu, diraient les théologiens, est le commencement de la sagesse, c'est-à-dire de la religion. Mais chez les animaux elle ne devient pas une religion, parce qu'il leur | 175 manque cette puissance de réflexion qui fixe le sentiment et en détermine l'objet, et qui transforme ce sentiment en une notion abstraite capable de se traduire en paroles. On a eu donc raison de dire que l'homme est religieux par nature, il l'est comnie tous les autres animaux;

(i) Se rappeler que Bakouninç écrivait pendant la guerre. . J. Q.

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