‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 71 sur 75 · LA. RELIGION ^O · texte numérisé non relu

LA. RELIGION ^O

mais lui seul sur cette terre a la conscience de sa religion.

La religion, a-t-on dit, est le premier éveil de la raison. Oui, mais sous la forme de la de'raison. La religion, ai-je dit tout à l'heure, commence par la crainte. Et en effet, l'homme, en s'e'veillant aux premières lueurs de ce soleil intérieur qui s'appelle la conscience de soi-même, et en sortant lentement, pas à pas, du demi-sommeil magnétique, de cette existence toute d'instinct qu'il menait lorsqu'il se trouvait encore à l'état de pure innocence, c'est-à-dire à l'état d'animal ; étant d'ailleurs né, comme tout animal, dans la crainte de ce monde extérieur qui le produit et qui le détruit, — l'homme a dû avoir nécessairement pour premier objet de sa naissante réflexion cette crainte même. On peut même présumer que chez l'homme primitif, à l'éveil de son intelligence, cette terreur instinctive devait être plus forte que chez d'autres animaux ; d'abord parce qu'il naît beaucoup moins armé que les autres et que son enfance dure plus longtemps ; et ensuite, parce que cette même réflexion, à peine éclose, et non encore arrivée à un degré suffisant de maturité et de force pour reconnaître et pour utiliser les objets extérieurs, a dû tout de même arracher l'homme à l'union, à l'harmonie instinctive dans laquelle, comme cousin du gorille, avant que sa pensée ne se fût éveillée, il a dû se trouver avec tout le reste de la nature. La première réflexion l'isolait en quelque sorte au milieu de ce monde extérieur, qui, lui devenant étranger, 3

dû lui apparaître, à travers le prisme de son imagination enfantine, cxcitc'e et grossie par l'effet mcme de cette reflexion commençante, -rommc une sombre et mysie'rieusc puissance, infiniment plus hostile et plus menaçante qu'elle n'est en réalité'.

Il nous est excessivement difficile, sinon impossible, de nous rendre un compte exact des premières sensations et imaginations religieuses de l'homme sauvage. Dans leurs détails, elles ont dû être |i7G sans doute aussi diverses que l'ont eié les propres natures des peuplades primitives qui les ont eprouve'es et conçues, aussi bien que les climats, la nature des lieux et des autres circonstances déterminantes au milieu desquelles elles se sont de'veloppe'es. Mais comme, après tout, c'e'taient des sensations et des imaginations humaines, elles ont dû, malgré cette grande diversité de détails, se résumer en quelques simples points identiques, d'un caractère général et qu'il n'est pas trop dithcile de fixer. Quelle que soit la provenance des différents groupes humains ; quelle que soit la cause des différences anatomiques qui existent entre les races humaines ; que les hommes n'aient eu pour ancêtre qu'un seul Adam-gorille ou cousin du gorille, ou, comme il est plus probable, qu'ils soient issus de plusieurs ancêtres que la nature aurait formés, indépendamment les uns des autres, surdiffércnts points du globe et à époques différentes; toujours est-il que la faculté qui constitue et qui crée proprement l'humanité dans les hommes : la réflexion, la puissance d'abstraction, la raison, c'est-à-

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