RAPPORT SUR LA QUESTION DF L HERITAGE ^0'J
Pour qu'il continue de vouloir et d'agir après sa mort, il faut donc une fiction juridique ou un mensonge politique, et, comme il est désormais incapable d'agir par lui-même, il faut qu'une puissance quelconque, l'Etat, se charge d'agir en son nom et pour lui, il faut que l'Etat exécute les volontés d'un homme qui, n'étant plus, ne peut avoir de volonté.
Et qu'est-ce que la puissance de l'Etat, si ce n'est la puissance de tout le monde organisée au détriment de tout le monde, et en faveur des classes privilégiées? C'est avant tout la production et la force collective des travailleurs. 11 faut donc que les classes ouvrières garantissent aux classes privilégiées la transmission des héritages, qui est la source principale de leur misère et de leur esclavage? Il faut qu'elles forgent de leurs propres mains les fers qui les enchaînent?
Nous concluons. Il suffit que le prolétariat déclare qu'il ne veut plus soutenir l'Etat qui sanctionne son esclavage, pour que le droit d'héritage, qui est exclusivement politique et juridique et par conséquent contraire au droit humain, tombe de luimême. Il suffit d'abolir le droit d'héritage pour abolir la famille juridique et l'Etat.
Tous les progrès sociaux ont d'ailleurs procédé par des abolitions successives du droit d'héritage.
On a aboli d'abord le droit d'héritage divin, les privilèges ou les châtiments traditionnels qui furent longtemps considérés comme la conséquence soit de la bénédiction, soit de la malédiction divine.
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On a aboli ensuite le droit d'iie'ritage politique, ce qui a eu pour conséquence la reconnaissance de la souveraineté du peuple et de l'égalité des citoyens devant la loi.
Aujourd'hui nous devons abolir l'héritage économique, pour émanciper le travailleur, l'homme, et pour établir le règne de la justice sur les ruines de toutes les iniquités politiques et théologiques du présent et du passé.
La dernière question qui nous reste à résoudre, c'est celle des mesures pratiques à prendre pour abolir le droit d'héritage.
L'abolition du droit d'héritage peut se faire par deux voies : ou bien par celle des réformes successives, ou bien par la révolution sociale.
Elle pourra se faire par la voie des réformes dans les pays heureux, fort rares, pour ne pas dire inconnus, où la classe des propriétaires et des capitalistes, les bourgeois, s'inspirant d'un esprit et d'une sagesse qui leur manquent aujourd'hui, et comprenant enfin l'imminence de la révolution sociale, voudront entrer, d'une manière sérieuse, en composition avec le monde des travailleurs. Dans ce cas, mais seulement dans ce cas, la voie des réformes pacifiques sera possible ; par une série de modifications successives, sagement combinées et arrêtées à l'amiable entre les travailleurs et les bourgeois, on pourra abolir complètement en vingt ou trente ans le droit d'héritage, et remplacer le mode actuel de