RAPPORT SUR LA. QUESTION DE L HERITAGE
propriété, de travail et d'instruction par le travail et la propriété collectifs, et par l'éducation intégrale ou instruction intégrale.
Il nous est impossible de déterminer davantage le caractère de ces réformes, parce qu'il devra nécessairement s'adapter à la situation particulière de chaque pays. Mais dans tous les pays, le but reste le même : l'établissement du travail et de la propriété collectifs, et la liberté de chacun dans l'égalité de tout le monde.
La méthode de la révolution sera naturellement plus courte et plus simple. Les révolutions ne se font jamais ni par des individus, ni par des associations. Elles sont amenées par la force des choses. L'Association internationale n'a point pour but de faire la révolution, mais elle doit en profiter et l'organiser dans son sens, aussitôt qu'elle sera faite par l'iniquité et par l'ineptie de plus en plus évidente des classes privilégiées.
Il doit être entendu entre nous qu'au premier jour de la révolution le droit d'héritage sera simplement aboli, et avec lui l'Etat et le droit juridique, afin que sur les ruines de toutes ces iniquités s'élève, à travers toutes les frontières politiques et nationales, le monde international nouveau, le monde du travail, de la science, de la liberté et de l'égalité, s'organisant de bas en haut, par l'association libre de toutes les associations productives.
La Commission vous propose les résolutions suivantes :
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« Considérant que le droit d'héritage est une des causes principales de l'inégalité économique, sociale et politique qui règne dans le monde,
a Qu'en dehors de l'égalité il ne peut y avoir ni liberté, ni justice, et qu'il y aura toujours oppression et exploitation : esclavage et misère pour le prolétariat, richesse et domination pour les exploiteurs du travail populaire,
« Le Congrès reconnaît la nécessité de l'abolition pleine et entière du droit d'héritage.
« Cette abolition se fera, selon les événements, soit par la voie des réformes, soit par la révolution. »
[Égalité d\x 28 août 1869.)
De la coopération (i).
Quel doit être le caractère et quels seront les moyens de l'agitation et du développement économiques des travailleurs de l'Internationale, avant cette révolution sociale qui seule pourra les émanciper d'une manière complète et définitive? L'expérience des dernières années nous indique deux voies, l'une négative l'autre positive : les caisses de résistance et la coopération,
Sous ce mot général de coopération, nous entendons tous les systèmes connus, deconsommalion, de
(i) Cet article est peut-être de Perron.
crédit mutuel ou de crédit au travail, et de production.
Dans l'application de tous ces systèmes, et même' dans la théorie qu'ils prennent pour base, il y a deux courants contraires qu'il faut bien distinguer : le courant bourgeois et le courant purement socialiste.
Ainsi, dans les socie'tés de consommation, de cre'dit et de production fondées ou recommandées par des socialistes bourgeois, on trouve tous les éléments de l'économie politique bourgeoise : l'intérêt du capital, les dividendes et les primes.
Lequel de ces deux système est le vrai, est le bon?
Le premier, celui des socialistes bourgeois, est accepté le plus ordinairement de ceux. qui, dans les sections de l'Internationale, aiment à s'appeler euxmêmes des hommes pratiques . En effet ils sont en apparence — mais en apparence seulement — très pratiques, puisque toute leur pensée se réduit à continuer au sein du monde ouvrier la vieille pratique des bourgeois : l'exploitation du travail par le capital.
Lorsqu'une association, fondée sur des bases bourgeoises, est entreprise par quelques dizaines ou par quelques centaines d'ouvriers, quel peut en être le résultat? Ou bien elle ne réussit pas, elle fait faillite, et alors elle plonge ces ouvriers dans une misère plus grande encore que celle dont ils avaient essayé de sortir en la fondant; ou bien elle réussit, et alors, sans améliorer le sort général de la classe
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ouvrière, elle ne peut aboutir qu'à créer quelques dizaines ou quelques centaines de bourgeois : c'est ce que le Congrès de Lausanne (1867) avait fort bien exprimé par la résolution suivante :
Le Congrès pense que les efforts tentés aujourd'hui par les associations [coopératives] ouvrières, si celles-ci se généralisent en conservant leur forme actuelle, tendent à constituer un quatrième état, ayant au-dessous de lui un cinquième état plus misérable encore.
Ce quatrième état serait formé par un nombre restreint d'ouvriers constituant entre eux une sorte de société en commandite bourgeoise, qui exclurait nécessairement de son sein le cinquième état, c'està-dire la grande masse des ouvriers, non associés dans cette coopération, mais au contraire exploités par elle.
Tel est le système coopératif que les socialistes bourgeois ne prêchent pas seulement, mais qu'ils s'efforcent de réaliser, au sein de l'Internationale, les uns sachant fort bien, les autres ignorant, que ce système est la négation du principe et du but de cette Association.
Quel est le but de l'Internationale? C'est d'émanciper, n'est-ce pas ? la classe ouvrière par l'action solidaire des ouvriers de tous les pays. Et quel est le but de la coopération bourgeoise? C'est d'arracher un nombre restreint d'ouvriers à la misère commune, pour en faire des bourgeois au détriment du plus grand nombre. N'avons
nous pas raison de dire que cette pratique, qui est tant recommande'e parles hommes pratiques deV Irxternationale, est une pratique toute bourgeoise, et que, comme telle, elle doit être exclue de l'Internationale (*)?
(*; Pour prouver que tels sont réellement les principes de l'Internationale, nous citerons les résolutions du Congrès de Bruxelles {1868;.
Celle qui concerne les sociétés de consommation et de production est formulée ainsi :
« Toute société basée sur les principes démocratiques repousse tout prélèvement au nom du capital, sous quelque forme qu'il se présente : rente, intérêt, bénéfice, et laisse ainsi au travail tout son droit, toute sa juste rémunération. Le Congrès engage tous les membres de l'Association internationale des travailleurs à entrer dans les diverses sociétés coopératives, afin de tenter par tous les moyens possibles de leur faire adopter les principes reconnus par le Congrès. »
Et, par rapport aux sociétés de crédit, le Congrès de Bruxelles a adopté à l'unanimité les résolutions suivantes :
« Considérant : i° Que l'intérêt et les profits de toute sorte acquis par le capital, sous quelque forme qu'ils se présentent, sont une valeur prélevée sur le travail d'aujourd'hui au bénéfice de celui que le travail d'hier a déjà enrichi, et que ce dernier, s'il a le droit d'accumuler, n'a pas le droit de le faire aux dépens des autres;
« 2° Que par conséquent l'intérêt est une source permanente d'injustices et d'inégalités, et que les associations coopératives qui le conservent font tout simplement passer de l'individualité dans la collectivité le principe d'égoïsme, qui est le ver rongeur de la société actuelle;
« 3° Que l'application sur une vaste échelle du principe de la solidarité par les travailleurs est le seul moyen pratique dont ils puissent disposer actuellement pour lutter contre la féodalité financière;
« Le Congrèi conclut à la fondation de b-inques d'échange basées sur le prix de revient, ayant pour but de rendre le crédit démocratique et égalitaire, et de simplifier Is rapports entre le producteur et le consommateur, c'est-à-dire de soustraire le travail à la domination du capital. »
(Note de lÉ'galité.)
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Supposons que mille hommes soient exploités et opprimés par dix.
Que penserait-on si, parmi ces mille hommes, il s'en trouvait vingt, trente, ou davantage, qui se diraient: « Nous sommes fatigués d'être victimes; mais comme, d'un autre côté, il est ridicule d'espérer le salut de tout le monde, comme la prospérité du petit nombre exige absolument le sacrifice du grand nombre, abandonnons nos camarades à leur sort, et, ne songeant qu'à nous seuls, pour être heureux devenons à notre tour des bourgeois, des exploiteurs h.
Ce serait une trahison, n'est-ce pas?
Et pourtant voilà précisément ce que nous conseillent nos hommes pratiques! En théorie aussi bien qu'en pratique, en coopération aussi bien qu"e 1 administration, ils sont par conséquent les exploiteurs et les ennemis de la classe ouvrière. Ils veulent faire leurs affaires, non celles de l'Internationale; mais, pour mieux faire leurs propres affaires, ils veulent se servir de l'Internationale.
Ce qu'il faut d'ailleurs remarquer, c'est qu'ils méritent cette dénomination d'hommes pratiques^ qu'ils se donnent, bien plus par leurs intentions personnelles et bourgeoises que par leur réussite.
Il y en a beaucoup parmi eux qui sont de très bonne foi, qui ne trompent pas, mais se trompent. Ne connaissant pas, n'ayant jamais vu ni imaginé d'autre pratique que la pratique bourgeoise, beau-
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ODup d'entre eux pensent qu'il serait de bonne guerre de recourir à cette même pratique pour combattre la bourgeoisie. Ils ont la simplicité de croire que ce qui tue le travail peut l'e'manciper, et qu'ils sauront se servir aussi bien que la bourgeoisie ellemême, contre elle, de l'arme au moyen de laquelle la bourgeoisie les e'crase.
C'est une grande erreur. Ces hommes naïfs ne se rendent pas compte de la supériorité' immense que le monopole de la richesse, de la science et d'une pratique séculaire, aussi bien que l'appui ouvert ou masqué, mais toujours actif, des Etats, et toute l'organisation de la société actuelle, donnent à la bourgeoisie sur le prolétariat. Ce serait donc une lutte trop inégale pour qu'on pût raisonnablement espérer le succès dans ces conditions-là. Les armes bourgeoises, d'ailleurs, n'étant autres que la concurrence effrénée, la guerre de chacun contre tous, la prospérité conquise sur la ruine des autres, ces armes, ces moyens ne peuvent servir que la bourgeoisie, et nécessairement détruiraient la solidarité, cette seule puissance du prolétariat.
La bourgeoisie le sait bien. Aussi, que voyonsnous?
Tandis qu'elle continue de combattre avec acharnement les caisses de résistance, les Trades Unions, qui sont le seul moyen de guerre vraiment efficace que les ouvriers puissent aujourd'hui employer contre elle, elle s'est réconciliée tout à fait, après une certaine hésitation, il est vrai, mais qui n'a pas
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été de longue durée, avec le système de la coopération bourgeoise.
Tous les économistes et publicistes bourgeois, même les plus conservateurs, chantent la beauté de ce système sur tous les tons, et les partisans, hélas ! encore assez nombreux de la bourgeoisie dans Tlnternationale s'efforcent d'entraîner dans ce sens toute l'association ouvrière. Sous ce rapport, M. CouUery et le Journal de Genève, M. Henri Dupasquier, le conservateur mômier de Neuchâtel, et M. le professeur Dameth, cet apostat du socialisme converti par les mômiers de Genève, sont d'accord. Tous s'égosillent à nous crier : « Ouvriers, faites de la coopération! »
Oui, faites de la bonne coopération bourgeoise, pour qu'elle vous démoralise et vous ruine au profit de quelques heureux entrepreneurs, auxquels vous servirez de marchepieds pour qu'à leur tour ils puissent devenir des bourgeois. Faites de la coopération bourgeoise, elle vous endormira, et^ après avoir épuisé tous vos moyens, elle vous rendra incapables d'organiser votre puissance internationale, cette puissance sans laquelle vous ne pourrez jamais faire valoir et faire triompher, contre la bourgeoisie, votre droit.
Nous aussi nous voulons la coopération ; nous sommes même convaincus que la coopération dans toutes les branches du travail et de la science sera la forme prépondérante de l'organisation sociale dans l'avenir. Mais, en même temps, nous savons
qu'elle ne pourra prospe'rer, se de'velopper' pleinement, librement, et embrasser toute l'industrie humaine, que lorsqu'elle sera fonde'e sur l'égalité', lorsque tous les capitaux, tous les instruments de travail, le sol compris, seront rendus, à titre de propriété collective, au travail.
Nous considérons donc cette revendication avant tout, et l'organisation de la puissance internationale des travailleurs de tous les pays, comme le but principal de notre grande association.
Ceci une fois admis, loin d'être les adversaires des entreprises coopératives dans le présent, nous les trouvons nécessaires sous beaucoup de rapports. D'abord, et c'est là même à nos yeux pour le moment leur avantage principal, elles habituent les ouvriers à organiser, à faire, à diriger leurs affaires par eux-mêmes, sans aucune intervention soit du capital bourgeois, soit d'une direction bourgeoise.
11 est désirable que quand l'heure de la liquidation sociale sonnera, elle trouve dans tous les pays, dans toutes les localités, beaucoup d'associations coopératives, qui, si elles sont bien organisées, et surtout fondées sur les principes de la solidarité et delà collectivité, non sur l'exclusivisme bourgeois, feront passer la société de son état présent à celui de l'égalité et de la justice sans trop grandes secousses.
Mais pour qu'elles puissent remplir cette mission, il faut que l'Association internationale ne protège que des associations coopératives qui auront pour base ses principes.
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Dans de prochains articles, nous parlerons de la coopération selon les principes de l'Internationale, et nous publions déjà aujourd'hui un avant-projet qui nous paraît faire un pas assez important dans la réalisation de ces principes (•).
[Egalité du 4 septembre 1869.)
(i) Le projet en question, signé Un groupe d'internationaux , proposait la création à Genève d'une société coopérative de consommation appartenant à Tlnternationale, et qui eût été rattachée à la caisse centrale de résistance que les sections de Genève se proposaient à ce moment de fonder. La caisse de résistance eût été alimentée par les cotisations de tous les membres des sections de Genève, à raison de 3o centimes par membre et par mois. Un tiers seulement du produit de ces cotisations eût été versé à la caisse derésistance ; les deux autres tiers eussent été mis à la disposition de la société de consommation. Cette société, sur un chiffre annuel d'aftaires évalué, pour le début, à 65o. 000 francs environ, aurait fait un bénéfice net de 4 pour 100, soit 26.000 francs, dont la m^oitié eût appartenu à la caisse de résistance. L'avoir de la caisse de résistance serait composé : i» du tiers des cotisations, existant en numéraire dans son coffre-fort; 2» des deux autres tiers, inscrits à son crédit sur les livres de la société de consommation ; 3° de la moitié du bénéfice net annuel de la société de consommation, moitié dont elle serait également créditée. « En cas de grève, les secours seraient distribués partie en argent et partie en nature : en argent, au moyen des fonds que posséderait la caisse de résistance, puisqu'elle conserverait en caisse une partie des cotisations; en nature, au moyen du compte que la caisse de résistance aurait à la société de consommation. On remarquera, en faveur de cette combinaison, combien les secours de grève partie en argent, partie en nature, sont pré. férables à des secours tout en argent : n'est-il pas juste de reconnaître, sans vouloir aucunement accuser personne, que bien souvent des secours de grève ont été dépensés autrement qu'à l'alimentation des ménages, et cela au grand déplaisir des ménagères? et puis, par cette combinaison, l'union est indissolublement fondée entre la résistance et la consommation, et cela à l'immense avantage de l'une et de l'autre institution. »