‹ Œuvres morales de la Mise de LambertChapitre 15 sur 34 · XXXIV ETUDE BIOGRAPHIQ^UE · texte numérisé non relu

XXXIV ETUDE BIOGRAPHIQ^UE

Un Lcrivain étranger, qui avait traduit ses auvres en anglais, avait dit dans sa Préface, avec une naïveté qui le défendait contre tout soupçon d'impertinence : a que ce que M'"^ de Lambert avait écrit sur les femmes était son apologie. » La marquise prit ombrage du mot et le releva dans une lettre à M. de Saint-Hyacinthe avec une énergie et une fierté admirables. Cette lettre, du 29 juillet 1729, se termine ainsi : « // dit dans sa Préface que ce que j'ai écrit sur les femmes est mon apologie : je n'ai jamais eu besoin d'en faire. Il m'accuse d'avoir l'ânie tendre et sensible, je ne m'en défends pas- il n'est plus question que de savoir l'usage que j'en ai su faire. »

Tout porte à croire, en effet, qu'une femme qui a si bien su être sage dans ses conseils, ne l'a pas moins été dans sa conduite, et qu'elle a appliqué avec succès pour son propre compte les recettes morales qu'elle recommande aux autres. Ces recettes morales, justifiées à la fois par l'éloquence et l'expérience, ont été dignement appréciées et louées par une autre femme de beaucoup d'esprit, qui se plaisait à reconnaître qu'elles n'avaient pas vieilli et trouvait moyen d'ajouter à l'effet du texte par l'agrément de son commentaire. Nous ne saurions mieux finir qu'en appelant à l'appui du nôtre le jugement de cette femme distinguée, que sa modestie empêcha d'être célèbre, dont Suard a réimprimé plus d'une page exquise, simplenunt marquée de l'iniliale P, qui nous

ET LITTERAIRE XXXV

semble cacher M'^*-' Pauline de Meulan [plus tard Mme Guizot).

Quoi qu'il en soit, que ce P niysterieux cache M"^ de Meulan, comme nous le croyons, ou M"^^ de Vaines, ou M^e Suard elle-même, il n'est pas possible de parler dignement de M^e de Lambert sans emprunter quelques traits à ce petit chef-d' œuvre de critique, le meilleur éloge de M'"« de Lambert à notre sens qui ait jamais été écrit ^.

L'auteur, « qui voudrait qu'en louant les femmes célèbres on parlât moins des talents qui leur ont valu la célébrité, que des moyens qu'elles ont pris pour se la faire pardonner y> , met à leur tête M^e de Lambert, non comme la plus connue par ses ouvrages, « mais comme celle qui a le plus laissé ignorer sa vie » .

« En laissant paraître ses ouvrages au jour, M"" de Lambert n'y exposa jamais sa personne ni sa vie. Elle sut être en même temps femme et auteur : à présent on est femme-auteur, et ce n'est plus la même chose. »

I. Mélanges de littérature, publiés par J.-B.-A. Suard, secrétaire perpétuel de la classe de la langue et de la littérature françaises de l'Institut national de France, etc., t. F'' (t. IV de la série complète). Dentu, imprimeur-libraire, an XIII (1804). Fragments sur les Femmes. Des Femmes qui ont écrit et de Mme de Lambert en particulier, p. 2 52 à 271.

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