XXXVI ETUDE BIOGRAPHIQUE
Bien loin de blâmer M'"^ de Lambert de ses pudeurs, de ses effarouchements, de sa crainte de Vimpression, de sa répugnance pour la publicité, l'auteur l'en félicite et l'en loue : cette crainte lui semble la sagesse mènie, cette pudeur lui parait préservatrice du repos et de la dignité des femmes; sans doute on n'est pas auteur impunément, si peu que ce soit, et on finit par céder et par se voir imprimée toute vive. Mais cette quasi-nudité de notre esprit n est-elle pas rachetée par les voiles dont on la couvre aussitôt, sans se méfier peut-être assez de leur transparence, de l'anonyme, du pseudonyme, du désaveu et autres artifices à Vusage de la modestie et de la coquetterie ? L'auteur du remarquable article que nous analysons convient de l'inutilité de ces semblants de résistance, mais non de leur puérilité, et elle ajoute quelques réflexions aussi piquantes que sensées, qui sont le meilleur commentaire de ce conseil donné aux femmes de ne pas afficher leur talent tt de cacher leur vie : conseil que M'"^ de Lambert appuya par son exemple, et qui est encore aujourd'hui de circonstance.
M™« de Lambert dit non, quand on lui proposa de se faire imprimer; on l'imprima d'abord malgré elle, peut-être ensuite y a-t-elle consenti; mais elle continua d'en rougir, et il n'en faut pas davantage... Les femmes n'en rougissent plus (de leur savoir), et je ne sais si elles y ont beaucoup gagné.