ET LITTERAIRE XXXVII
Quand elles s'affichent sans scrupule, on les juge sans ménagements; quand elles se font imprimer sans crainte, on les critique sans égards.
...C'est pour les femmes surtout, comme le dit M"^^ de Lambert, que « la principale prudence consiste à se défier de soi-même plus que des autres ». C'est dans le respect qu'elles ont pour elles-mêmes que consiste aussi leur véritable modestie. « Il faut vivre respectueusement avec soi », dit encore Mn^^ de Lambert à sa fille. La décence n'oblige un homme qu'à observer les égards dus au public; une femme ne songe guère à le ménager qu'après avoir commencé par s'oublier ellemême. Ce n'est point pour lui qu'elle a été élevée; elle ne connaît point le devoir qu'il impose ; ceux qu'il lui a prescrits se réduisent à deux comme les vertus des enfants, la crainte et l'obéissance. « La timidité, dit toujours M"ie de Lambert, doit être le caractère des femmes; elle assure leurs vertus. »
Comment donc M'"^ de Lambert a-t-elle pu se plaindre avec tant d'amertume de la condition faite aux femmes par le ridicule attaché pour elles au savoir et à la réputation littéraire? Notre auteur relève cette légère contradiction.
C'était donc un préjugé plus utile qu'on ne pense que cette espèce de ridicule attaché pour les
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femmes à des occupations littéraires trop publiques. Il n'arrêtait point le talent, mais contenait l'amourpropre et formait une espèce de frein bien nécessaire à celle qui, sortie de la carrière qu'on lui avait destinée, ne retrouve plus les guides qui devaient la diriger. Ces regards qu'elle craignait d'attirer sur elle, cette attention qui l'eiit fait rougir, ce signe d'improbation qui l'eût fait trembler, tout cela s'éloigne de sa vue. Les témoins ont disparu, sa modestie se trouve plus à l'aise; et, si une sorte de honte ne lui laisse un reste de gêne, il n'est pas bien sûr qu'elle ne passera pas, sans s'en apercevoir, les limites que lui prescrivent les bienséances sévères de son sexe. Dans la célèbre querelle sur les anciens et les modernes, La Motte, accoutumé à parler au public, sut allier la liberté de son opinion avec la politesse de l'homme du monde, et NLrne Dacier, qui en s'engageant dans une querelle publique compromettait la réserve qui convenait à une femme, oublia, dans le ton qu'elle y mit, jusqu'aux égards de politesse que prescrit la société.
Notre auteur est donc d'accord, sauf de légères nuances tenant à la différence des tenips et des mœurs, avec M'"« de Lanibcrt, sur le droit qu'ont les femmes aux mérites et aux agréments de l'esprit, et sur le devoir qu'elles ont, dans leur propre intérêt, de ne
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pas afficher leurs talents, de ne pas trop se mêler à leurs succès, de se tenir à l'écart d'une publicité trop éclatante, qui brûle autant qu'elle éclaire, et compromet autant qu'elle honore, faisant perdre cette fleur de modestie et de pudeur qui sied mieux à la femme que le laurier de la gloire. Il est intéressant de voir la mystérieuse P... qui, fidèle à son système, se dérobe sous le masque aux honneurs dus à son talent, s'associer sur deux autres points intéressants de son système, de sa petite philosophie à l'usage des femmes, aux idées professées par M'"« de Lambert.
Il s'agit d'abord de son éloignement pour le rire, non pour celui qui se borne au sourire et ne fait qu'entr' ouvrir les yeux, les lèvres et l'esprit, mais le rire frivole, malin, au bourdonnen-ient de niouche et à la piqûre de guêpe. « Evitez le caractère plaisant, dit quelque part M'"^ de Lambert à sa fille ^ celui qui fait rire se fait rarement estinier. » Cette grâce sérieuse, cette dignité bienveillante gardent, en effet, la femme, et la placent au-dessus des dangers auxquels la livrent souvent à son insu les succès du rire, du rire médisant et frondeur, qui découvrent le défaut de l'armure, le point faible de l'âme, et coûtent toujours plus qu'ils ne rapportent.
Si M'"« de Lambert a de la répugnance, de la méfiance pour le rire, une sorte de crainte particulière des inconvénients de ce caractère plaisant, contraire, selon elle, à la décence, à la dignité, à la bonté, qui