‹ Œuvres morales de la Mise de LambertChapitre 18 sur 34 · XL ÉTUDE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XL ÉTUDE BIOGRAPHIQUE

sont les forces et les grâces de la femme, il est une prédilection, on peut dire une sorte de religion dont elle ne se défend pas, et qui donne à ses conseils sur un point si iniportant de la vie morale des femmes un attrait particulier et une sorte de noblesse héroïque. On sent bien que nous avons affaire à une grande dante du grand siècle, à une de ces nobles spectatrices qui n'ont pas vu impunénient pleurer ou tonner sur la scène la tendresse racinienne et l'héroïsme cornélien. Cette religion du sentiment, ce culte de l'amour pur, de l'amour platonique comme ornement du devoir, comme parure de la vertu, comme poésie de la vie, M'"^ de Lambert les professe en termes qui ont quelque chose de magnanime. On y sent la contemporaine des Pascal et des M"" de La Fayette. On y sent qu'elle a connu les héros de certains ronians de la Fronde, et qu'elle est demeurée précieuse moins encore par le goût des belles expressions que par celui des beaux sentiments.

Ces illusions et ces raffinements n'éveillent pas la critique de l'auteur que nous citons; ils excitent plutôt son respect comme le nôtre; elle y voit avec nous une des originalités de M"'^ de Lambert, une des raisons du charme et de l'autorité que les années ne lui ont point ravis. On est gagné par cet accent de tendresse contenue qui révèle dans le moraliste un auteur qui n'a pas abdiqué la sensibilité, et, s'il rougit d'ctre auteur, ne rougit pas d'ctre fenime ; on reconnaît

ET LITTERAIRE XLI

« qu'aucune femme n'a su mieux que M'"« de Lambert conserver cette espèce de dignité de ton qui sied si bien à une femme, surtout lorsqu'elle écrit sur la niorale, et trace ses propres devoirs en enseignant à d'autres les leurs ». On constate avec l'auteur que nous citons « que personne n'a parlé de la morale avec plus d'agrément, n'a donné plus de grâce à la raison. On a lu des ouvrages plus approfondis que les siens; on n'en trouve point qui pénètrent d'une plus douce lumière, qui nous fassent sentir plus pleinement, plus abondamment, selon les expressions de M"^^ de Lambert elle-même, « ces joies sérieuses qui ne font rire que l'esprit » et « ces plaisirs que procure la rencontre d'une idée juste, d'un sentiment naturel, exprimé d'une manière neuve et frappante, où l'on semble ne trouver qu'un résultat de ses propres réflexions ».

Ces plaisirs, ces joies sérieuses de l'esprit, on n'en rencontre nulle part plus fréquemment l'occasion que dans ces pages consacrées par M'"« de Lambert à sa théorie de l'amour, pleine de ces pensées venues du cœur dont parlait Vauvenargues, et qui touchent à la fois notre caur et notre raison d'un double trait d'expérience et de sensibilité.

« Les rois, y dit-elle, par exemple, ne peuvent goûter le véritable charme de l'amour ; leur cime n'est point préparée par l'attente ; on ne les fait point passer par l'espérance. »

. '' La plupart des hommes, dit-elle ailleurs, se pro-

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