XLII ETUDE BIOGRAPHIQ^UE
posent un terme dans leur amour, où ils espèrent d'arriver : après bien des mystères, ils ne se reposent que dans les plaisirs. »
« Que d'hommes, en effet, pour qui ce qu'ils appellent le bonheur de l'amour est plutôt la cessation que la recompense des soins qu'ils ont pris pour l'obtenir! Que de femmes qui le savent et combien qui l'oublient ! On voit que M'"^ de Lambert ne l'a pas oublié, mais qu'elle sent la nécessité de le rappeler souvent. On dirait qu'elle a éprouvé la puissance de l'amour, et qu'elle l'a vaincu; c'est le moyen de le bien connaître. Ce ne sont pas ceux qui cèdent, ditelle, qui ainient le plus ; ce sont ceux qui résistent. » Comment connaître, en effet, toute la force d'un ennemi qu'on n'a pas combattu?
« Je ne sais si elle parle avec connaissance de cause de ces ânies fièrcs et tendres, entraînées par le cœur, déchirées par leur gloire, si aimables, dit-elle, en amour, et si rarement heureuses, mais il est difficile de peindre avec plus de douceur ce que l'amour a de charme pour les caractères sensibles et mélancoliques. »
« // y a, dit-elle, des plaisirs à part pour les âmes tendres et délicates. Ceux qui ont vécu de la vie de l'amour savent combien leur vie étoit animée; et quand il vient à leur manquer, ils ne vivent plus. )>
« // n'appartient qu'à l'amour de nous donner des tristesses dont on le remercie. »
ET LITTERAIRE XLIII
a Les personnes mélancoliques ne sont occupées que d'un sentiment, elles ne vivent quepour ce qu'elles aiment j désoccupées de tout, aimer est l'emploi de leur loisir. A-t-on trop de toutes ses heures pour les donner à ce qu'on aime ! »
« Mais (7 faut s'entendre ici sur ce que M'"^ de Lambert entend par ce tout, après quoi il ne reste plus rien à donner. Beaucoup de gens pourront trouver qu'il s'étend à peu de chose. M'"^ de Lambert était de celles qui croient avoir fait becnicoup quand elles ont avoué un penchant, et elle pensait avec Montaigne « que les refus de chasteté ne déplaisent jamais ».
« J'ai cherché, dit-elle, si on ne pouvoit pas se sauver des inconvéniens de l'amour, et jouir de ce qu'il a de meilleur. J'ai imaginé une métaphysique d'amour ; la pratiquera qui voudra. » Mais ce n'est point comme d'une chimère qu'elle nous parle des douceurs d'un amour innocent, « de cette vie de l'ânie que donne la certitude d'être aimé, de ces sentimens tendres et profonds, de cette éniotion de cœur vive et touchante que vous donnent l'idée et le nom de la personne que vous aimez » .
« Il y a, dit-elle, une sorte de femmes qui ne tiennent à l'amour que par les sentimens. »
Et ailleurs : « Chez les honnêtes personnes, on n'a de commerce qu'avec le cœur. »
« Quand l'amour ne nous coixte ni vertus ni bien-