‹ Œuvres morales de la Mise de LambertChapitre 31 sur 34 · Le P. Malebranche · texte numérisé non relu

Le P. Malebranche

l52 RÉFLEXIONS

Or, que ne doit-on pas aux agrémens de l'imagination? C'est elle qui fait les poètes et les orateurs; rien ne plaît tant que ces imaginations vives, délicates, remplies d'idées riantes. Si vous joignez la force à l'agrément, elle domine, elle force l'âme et l'entraîne : car nous cédons plus certainement à l'agrément qu'à la vérité. L'imagination est la source et la gardienne de nos plaisirs. Ce n'est qu'à elle qu'on doit l'agréable illusion des passions. Toujours d'intelligence avec le cœur, elle sait lui fournir toutes les erreurs dont il a besoin; elle a droit aussi sur le temps; elle sait rappeler les plaisirs passés, et nous fait jouir par avance de tous ceux que l'avenir nous promet; elle nous donne de ces joies sérieuses qui ne font rire que l'esprit : toute l'âme est en elle; et, dès qu'elle se refroidit, tous les charmes de la vie disparoissent.

Parmi les avantages qu'on donne aux femmes, on prétend qu'elles ont un goût fn pour juger des choses d'agrément. Beaucoup de personnes ont défini le goût. Une dame' d'une profonde érudition a prétendu que c'est « une harmonie, un accord de l'esprit et de la raison », et qu'on en a plus ou moins, selon que cette harmonie est plus ou moins juste. Une autre personne a prétendu

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