‹ Œuvres morales de la Mise de LambertChapitre 5 sur 34 · XII ETUDE BIOGRAPHIQ^UE · texte numérisé non relu

XII ETUDE BIOGRAPHIQ^UE

ment deux M'"^ de Lambert dans la même personne de ce nom ; nous ne dirons pas la vraie et la fausse, mais l'apparente et la cachée, la curieuse et la modeste, la naturelle et l'affectée, la timide et la hardie, la femme soumise au joug des traditions et la femme tentée de l'attrait des nouveautés, la femme bel esprit, éprise pour son sexe et pour elle de l'affranchissement des antiques servitudes qui condamnent l'épouse au silence et confinent la mère au foyer, amoureuse de gloire, impatiente de renommée; et la grande dame qui ne veut pas déroger, qui craint de déchoir, qui recule devant la publicité, et rougit des louanges qu'elle a recherchées.

Enfin, et c'est là le point délicat auquel nous touchons, en regardant sous le voile que le président Hénault soulève en se jouant, il est demeuré jusqu'au bout, et plus qu'elle ne voudrait parfois, de la femme dans l'honnête femme, dans l'épouse intacte, dans la veuve rigide, dans la mère dévouée. Il suffît de lire les RÉFLEXIONS SUR LES FEMMES et quelques lettres où l'on trouve les échappées, les par delà, pour parler le langage de Saint-Simon, d'une nature qui se trahit en se contenant, pour comprendre que, malgré les années et l'expérience, et leur progressif refroidissement, M'"^ de Lambert avait gardé, jusqu'en plein âge d'argent, de ces restes de passion inassouvie, de ces feux brûlant sous la cendre, qui couvent au fond des sagesses les plus résignées, des vertus les plus

ET LITTERAIRE XIII

incontestabîeSj et aUesUnt la lutte dans la victoire même.

C'est à cet ordre d'idées et d'observations que répond cette union tardive, non clandestine, mais mystérieuse, ce mariage secret, soupçonné, non avoué, avec un galant homme, un homme de beaucoup d'esprit qui s'appelait le marquis de Saint-Aulaire. Il achève de nous peindre cette femme virile par l'ambition et la raison, mais demeurée femme par tant de côtes : ayant le respect et la crainte de l'esprit, le goût et la terreur de la renommée, l'orgueil de l'hospitalité, l'art de la représentation et l'amour de la solitude, professant que le bonheur est dans le devoir, et ne pouvant s'empêcher aussi de le voir dans le sentiment, cachant et affichant sa vie, contenant et trahissant son cceur, mais gardant assez de tendresse en surcroît de celle qu'elle avait dépensée dans le mariage et dans la maternité, pour la dernière illusion, le suprême bonheur d'un de ces mariages d'hiver qui ont, à défaut de la chaleur des espérances communes, la douceur des communs souvenirs.

Disor.s tout de suite, pour expliquer une détermination qui eut ses motifs de société, de famille, mais pour laquelle ni l'un ni l'autre des conjoints n'eussent voulu des excuses, que ces mariages secrets, couronnant une longue liaison, et en ravivant, par le ragoût du mystère, les tranquilles et légitimes délices, étaient fort à la mode à la fin du XVII^ et au commence-

Page 1