DK MADAME DE LAMBERT
« ce qui t'environne ressemble aux nymphes destinées à ser*» « vir l'épouse de r Amour, et qui lui préparent des amuse- « ment s. La Volupté la sert; les Spectacles, la Symphonie, « tes Saisons mêmes, ont l'intendance de ses plaisirs, et toute « ta Nature en a soin. Tout est pour elle dès qu'elle ne vou- « dra que jouir, tout se refuse à elle dès qu'elle voudra con- « naître. L'Être des êtres, qui a pris pour attribut l'inconnu, « veut être ignoré; il ne veut pas qu'on lui dérobe son secret ; a les plaisirs, l'amour même ne veillent pas être examinés) « et Ton est forcé à leur passer bien des choses.
« Mais l'ftme s'ennuie de son propre bonheur, et comme « Psyché, elle veut avoir des spectateurs. Elle appelle ses « deux soeurs, qui la précipitent dans le malheur; et notis, « nous- appelons les deux ennemies de notre repos, la Curio- <t site et la Vanité. La curiosité nous inquiète, nous agite, et « nous fait acheter bien cher le peu de connaissance qu'elle tt nous donne. Pour la vanité, le bonheur n'habite point avec « elle : un galant homme a dit qu'elle nous fait faire bien plus * de choses contre notre goût que la raison. Ainsi nous a iommes vains, comme dit Moritaigne, aux dépens de notr* « aite. »
Cette page de M"* de Lambert nous a rappelé la belle statue antique de la Psyché, qui se trouve au Attisée de Nantes, et dont nous avons vu le plâtre au Louvre. Ce n'est point Psyché avec l'Amour, ou rêvant à l'Amour; c'est Psyché désenchantée, c'est l'dme humains, à qui jouir ne suffit plus et qui désire connaître. Absorbée dans les recherches et les doutes de l'esprit, cette admirable tigure de femme, rêveuse et triste, se penche et médite; le front, le regard, l'expression de la bouche, le mouvement du cou, tout porte l'empreinte d'une pensée douloureuse et sublime ; dans ce beau marbre, Psyché regarde, pour ainsi dire, en ellemême; un monde idéal l'attire; le monde extérieur, le monde des sens a disparu. L'artiste grec, pour mieux carac-