‹ Œuvres morales de Mme. de LambertChapitre 13 sur 30 · HO TUAIT · texte numérisé non relu

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trois ou quatre exemples d'une amitié parfaite. Puisque tous les hommes conviennent des charmes de l'amitié, pourquoi, dans un intérêt commun, tous ne s'entendent-ils pas, ne s'unissent-ils pas, pour eu jouir? C'est un effet du dérèglement des hommes de s'aveugler sur leurs véritables intérêts. La sagesse et la vérité, en nous éclairant , rendent notre amour-propre plus habile, et nous apprennent que nos véritables intérêts sont de nous attacher à la vertu, et que la vertu amène les doux plaisirs de l'amitié. Voyons donc quels sont les charmes et les avantages de l'amitié, pour les chercher ; quel est le véritable caractère de l'amitié, pour la connaître ; et quels sont les devoirs de l'amitié, pour les remplir.

Les avantages de l'amitié se présentent assez d'euxmêmes : toute la nature n'a qu'une voix pour dire qu'ils sont de tous les biens les plus désirables; saj& elle , la vie est sans charmes. L'homme est plein de besoins : renvoyé à lui-même , il sent un vûte que l'amitié seule est capable de remplir ; toujours inquiet et toujours agité , U ne se calme et ne se repose que dans l'amitié. Un ancien dit que l'amour est fils de la pauvreté et du dieu des richesses : de la pauvreté , parce qu'il demande toujours; du dieu des richesses, parce qu'il est libéral. L'amitié ne pourrait-elle pas aussi avoir la même origine? Quand elle est vive, elle demande des sentiments : les âmes tendres et délicates sentent les besoins du cœur plus qu'on ne sent les autres nécessités de la vie. Mais, comme elle est généreuse, elle mérite aussi qu'on la reconnaisse pou* fille du dieu des richesses; car il n'est pas permis de se

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parer du beau nom d'amitié dès que l'on manque à ses amis dans le besoin. Enfin les caractères sensibles cherchent à s'unir par les sentiments : le cœur étant fait pour aimer , il est sans vie dès que vous lui refusez le plaisir d'aimer ou d'être aimé. Comblez les hommes de biens, de richesses et d'honneurs, et privez-les des douceurs de l'amitié , tous les agréments de la vie s'évanouissent. Les personnes raisonnables se refusent à l'amour : les femmes par rattachement à leur devoir , et les hommes par la crainte d'un mauvais choix. Vous êtes attiré dans l'amitié* vous êtes entraîné dans l'amour. L'amitié s'enrichit des pertes de l'amour ; elle en devient plus tendre , plus vive et plus empressée. Toutes les délicatesses de l'amour se trouvent dans les engagements dont je parle. L'amitié naissante est sujette à l'illusion : la nouveauté plaît et promet, et tout ce qui réveille l'espérance est d'un grand prix. L'illusion est un sentiment qui nous transporte au delà de la vérité , et qui obscurcit nos lumières. Vous voyez dans les personnes qui commencent à vous plaire , tout ce qu'il y a de bon; et l'imagination, qui toujours agit au gré du cœur, prête à la personne aimée le mérite qui lui manque. On aime ses amis bien plus par les qualités qu'on devine, que par celles qu'on connaît. Il y a aussi des amitiés d'étoile et de sympathie, des liens inconnus qui nous unissent et qui nous serrent; nous n avons besoin ni de protestations ni de serment, la wnfiance va au-devant des paroles. Quand Montaigno nous peint ses sentiments pour son ami : « Nous nous « cherchions , dit-il , et nos noms s'embrassaient avant

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« que do nous connaître. Ce fut un jour de fête que «je le vis pour la première fois; nous nous trouvâmes « tout d'un coup si liés, si unis, si connus, si obligés, « que rien ne nous fut plus cher que Pun à l'autre. « Et quand je me demande d'où vient cette joie, cette « aise , ce repos que je sens lorsque je le vois ; c'est « que c'est lui , c'est que c'est moi : c'est tout ce que je « puis dire. » Nous jouissons dans l'amitié de ce que l'amour a de plus doux ; du plaisir de la confiance , du charme d'exposer son âme à son ami , de lire dans son cœur , de le voir à découvert , de montrer ses propres faiblesses ; car il faut penser tout haut devant son ami. Il n'y a que ceux qui ont joui du doux plaisir de l'amitié , qui sachent quel charme il y a à passer les journées ensemble. Que les heures sont légères, qu'elles sont coulantes avec ce qu'on aime !

Quelle ressource que l'asile de l'amitié ! Par elle , vous échappez aux hommes, qui sont presque tous trompeurs, faux et inconstants. Mais un des grands avantages de l'amitié , c'est le secours des bons conseils. Quelque raisonnable qu'on soit, on a besoin d'être conduit : il faut se défier de sa propre raison, que la passion fait souvent parler comme il lui plait. C'est un grand secours que de savoir qu'on a un guide pour se conduire et se redresser.

Les anciens ont connu tous les biens qu'apporte l'amitié ; mais ils en ont fait des portraits si chargés , qu'on les a regardés comme de belles idées , et qui n'étaient point dans la nature. Comme les hommes aiment à se soustraire aux grands modèles et à rejeter les grands exemples , parce qu'ils exigent beau-

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coup de nous, ils s'accordent à les traiter de chimères : c'est mal connaître nos intérêts. En nous dérobant aux obligations de l'amitié , nous perdons tousses avantages. C'est une société, c'est un commerce , enfin ce sont des engagements réciproques , où Ion ne compte rien , où Ton n'exige rien , où le plus honnête homme met davantage, et se trouve heureux d'être en avance. On partage sa fortune avec son ami ; richesses , crédit, soins , services * tout est à. lui , excepté notre honneur. Il m'a paru , à la honte de notre siècle , que d'offrir son bien à son ami c'est le dernier effort de l'amitié. . 11 y a bien des témoignages au-dessus de celui-là ; mais le plus grand avantage de l'amitié , c'est de trouver dans son ami un vrai modèle ; car on désire l'estime de oe qu'on aime , et ce désir nous porte à imiter les vertus qui y conduisent.

Sénèque recommande à son ami de choisir entre les grands hommes le plus respectable ; d'agir comme si Ion était en sa présence ; de lui rendre compte de toutes ses actions : ce grand homme qui nous tient en respect, c'est notre ami. Rien ne répond tant de Dons à nous-méhies, et n'est d'une plus sûre caution envers les autres , qu'un ami estimable. Il ne nous est pas permisd'étre imparfaits à ses yeux: aussi ne voyez* vous guère le vice.se lier avec la vertu. L'on n'aiftrë point à voir ce qui nous juge et nous condamne toujours. 11 faut être sur do soi pour oser se donner de certains amis. Pyrrhus dit : « Sauver- moi dé mes amis, je ne crains q u'eux . » PI ine rtyant perdu son ami, o Je (Teins hit'ii , dit-il, de me relâcher dans le chemin.

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de la vertu ; j'ai perdu mon guide et le témoin de ma vie. » Enfin, la parfaite amitié nous met dans la nécessité d'être vertueux. Comme elle ne se peut conserver qu'entre personnes estimables, elle nous force à leur ressembler, pour les garder. Vous trouverez donc dans l'amitié ia sûreté du bon conseil , l'émulation du bon exemple, le partage dans vos douleurs, le secours dans vos besoins, sans être demandé, attendu , ni acheté. Voyons à présent quels sont les véritables caractères de l'amitié , pour la connaître.

Le premier mérite qu'il Caut chercher dans votre ami, c'est la vertu, c'estce qui nous assure qu'il est capable d'amitié, etqu'il en est digne. N'espérez rien de vos liai sons lorsqu'elles n'ont pas ce fondement. Aujourd'hui ce n'est pas le goût qui unit , ce sont les besoins ; ce n'est pas l'union des cœurs ni de l'esprit qu'on cherche dans les engagements; aussi les voyons-nous finir aussitôt que se former. H n'y a jamais de rupture qui ne nous accuse; c'est toujours la faute de l'un des deux ; on ne peut éviter la honte de s'être mépris, et d'avoir à se dédire. On s'unit sans examiner, et on rompt sans délibérer; rien n'est si méprisable. Choisissez votre ami entre mille; rien n'est plus important qu'un tel choix, puisque le bonheur en dépend. Rien de plus triste que de tomber en de mauvaises mains , d'avoir à essuyer la honte d'une rupture , ou les chagrins d'une liaison avec des personnes sans mérite. 11 faut songer de plus que nos amis nous caractérisent : on nous cherche dans eux; c'est donner au public notre portrait, et l'aveu de ce que nous sommes. On tremblerait si l'on faisait attention sur ce que l'on

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