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trop faire, liais si on est assez malheureux pour avoir fait un mauvais choix, il faut le soutenir, et par là se punir de son imprudence et de sa légèreté à s'engager. 11 y a toujours à perdre pour tout le monde dans les ruptures. Après avoir fait tout ce qui est en vous pour les prévenir , comme souvent on a affaire à des gens entêtés qui ne vous voient qu'au travers de leur prévention, tout est inutile. Rien n'est plus triste que de combattre contre ces imaginations ardentes et allumées, qui n'ont d'esprit que pour soutenir leur tort: quelque chose que vous fassiez , vous n'en aurez que de l'improbation. Ne mettez pas votre gloire à les réduire, mais à vous vaincre : il faut vous retirer, et que votre innocence vous calme et vous console. Il ne faut pas croire qu'après les ruptures vous n'ayez plus de devoirs à remplir : ce sont les devoirs les plus difficiles, et où l'honnêteté seule vous soutient. On doit du respect à l'ancienne amitié. 11 ne faut point appeler le monde à vos querelles , et jamais n'en parler que quand vous y êtes forcé pour votre propre justification. 11 faut éviter même de trop charger l'ami infidèle. C'est un mauvais spectacle pour le public , et un mauvais rôle pour vous, que de rompre avec éclat. Songez que tout le monde a les yeux ouverts sur vous : que vos juges sont tous vos ennemis , ou par ignorance de ce que vous valez , ou par envie s'ils le connaissent, ou par prévention et malignité naturelle. Pour les choses qui ont été confiées dans le temps de l'amitié, il ne faut jamais les révéler : songez que le secret est une dette de l'ancienne amitié , que vous vous devez à vous-même. Enfin, les devoirs que vous
remplissez dans le temps de l'amitié, c'est pour la personne aimée ; dans les ruptures, c'est potir vousmême. Dans le temps du sentiment , tout le monde sait se conduire , on n'a qu'à se laisser aller à ses mouvements ; mais dans les ruptures, c'est le devoiï, c'est la raison qu'il faut écouter et suivre. Peu de gens savent être en colère; la plupart ne gardent plus de mesures. Qu'il est triste d'avoir à donner des préceptes sur un pareil malheur, d'avoir à envisager dans les temps de l'amitié , la perte de l'amitié ! Songez cependant qu'un pareil malheur vous menace peut-être , et que l'ami le plus estimable peut avoir en lui des dispositions prochaines à une rupture. Il faut passer légèrement sur de pareilles idées; elles gâteraient les plaisirs de l'amitié la plus parfaite.
Quelques personnes croient qu'il n'y a plus de devoirs à remplir au delà du tombeau ; très-peu savent être amis des morts. Quoique la plus magnifique pompe ftinèbre soit les larmes et la douleur de bos amis, et que la plus honorable sépulture soit dans leurs cœurs , cependant il ne faut pas croire que des larmes que vousrépandez par sensibilité, quelquefois par retour sur vous-même , vous acquittent envers eux : vous devez à leur nom, à leur gloire et à leur famille : ils doivent vivre dans votre coeur par les sentiments, dans votre mémoire par le souvenir 4 dans votre bouche par des éloges , et dans votre conduite par l'imitation de leurs vertus.
Si j'ai donné des préceptes pour se conduire quand les amitiés se rompent ou se dénouent, je suis cependant bien éloignée de croire que nous devions aimer
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comme devant haïr un jour. Mon cœur n'a jamais écouté les leçons de Machiavel ; il est bien éloigné de se conduire par ses maximes : ceux qui me connaissent savent que dans l'amitié je me livre trop ; jamais mes sentiments ne m'avertissent de me défier de mes amis : ceux qui pensent d'une façon vulgaire me regardant comme une espèce de dupe ; je ne m'en sauve qu'en voulant bien l'être. Ainsi la prudence, dont j'ai ici rassemblé quelques maximes, n'a pas encore passé jusqu'à mon cœur; mais l'usage, le monde, et ma propre expérience , ne m'ont que trop appris que dans l'amitié la mieux acquise et la plus méritée, il faut faire un fonds de constance et de vertu , pour en pouvoir soutenir la perte.
On demande si l'amitié peut subsister entre personnes de sexe différent. Cela est rare et difficile ; mais c!est l'amitié qui a le plus de charmes. Elle est plus difficile, parce qu'il faut plus de vertu et do retenue. Les femmes qui ne connaissent que l'amour d'usage n'en sont pas dignes, et les hommes qui ne veulent trouver dans les femmes que le bonheur du sexe, et qui n'imaginent pas qu'elles puissent avoir des qualités dans l'esprit et dans le cœur plus liantes que celles de la beauté , ne sont pas propres à l'amitié dont je parle. 11 faut donc cherchera s'unir par la vertu et par le mérite personnel. Quelquefois de pareilles unions commencent par l'amour, et finissent par l'amitié. Quand les femmes sont fidèles à la vertu de leur sexe , l'amitié étant la récompense de l'amour vertueux , elles peuvent s'en flatter. De la manière dont l'amour se traite aujourd'hui, il est souvent
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suivi de ruptures d'éclat, la honte étant toujours la punition du vice. Les femmes qui opposent leurs devoirs à l'amour, et qui vous offrent les charmes et les sentiments de l'amitié, quand d'ailleurs vous leur trouvez le même mérite qu'aux hommes , peut-ori mieux faire que de se lier à elles ? Il est sûr que de toutes les unions , c'est la plus délicieuse. Il y a toujours un degré de vivacité qui ne se trouve point entre les personnes du même sexe; de plus, les défauts qui désunissent , comme l'envie et la concurrence , de quelque nature que ce soit , ne se trouvent point dans ces sortes de liaisons. Les femmes ont le malheur de ne pouvoir compter entre elles sur l'amitié : les défauts dont elles sont remplies y forment un obstacle presque insurmontable : elles s'unissent par nécessité, et jamais par goût. Que faire des sentiments qui sont en elles? Pour celles qui se défendent de l'amour, cela les renvoie à l'amitié , et les hommes en profitent. Quand elles n'ont point usé leur cœur par les passions, leur amitié est tendre et touchante; car il faut convenir, à la gloire ou à la honte des femmes, qu'il tf y a qu'elles qui savent tirer d'un sentiment tout ce qu'elles en tirent. Les hommes parlent à l'esprit, les femmes au cœur. De plus , comme la nature a mis des rapports et des liens invisibles entre les personnes de sexe différent , on trouve tout préparée l'amitié. Les ouvrages de la nature sont toujours plus parfaits : ceux où elle n'a pas la principale part ont moins d'agréments. Dans l'amitié dont je parle, on sent que c'est son ouvrage» ; ces nœuds secrets , ces sympathies, ce doux penchant auquel on ne peut résister, tout s'y
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trouve : un bien si désirable est toujours la récompense du mérite. Mais il faut être en garde contre soimême, de peur qu'une vertu ne devienne passion dans la suite.