‹ Œuvres morales de Mme. de LambertChapitre 16 sur 30 · TR.MI M! LA VIEILLI · texte numérisé non relu

TR.MI M! LA VIEILLI

On a donné aux hommes tous les secours nécessaires pour perfectionner leur raison, et leur apprendre la grande science du bonheur dans tous les temps de leur vie. Cieérou a fait un Traité de la PieiUeste , pour les mettre en état de tirer parti d'un âge où tout semble nous quitter. On ne travaille que pour les hommes : mais pour les femmes * dans tous les âges, on les abandonne à elles-mêmes; on néglige leur éducation dans la jeunesse; dans la suite de leur vie, on les prive de soutien et d'appui pour leur vieillesse : aussi la plupart des femmes vivent sans attention et sans retour sur elles-mêmes : dans leur jeunesse elles sont vaines et di sipées; et dans la vieillesse elles sont faibles et délaissées. Nous arrivons à chaque âge de la vie, sans savoir nous y conduire ni en jouir : quand il est passé > nous voyons l'usage qu'on en pouvait faire ; mais comme les regrets sont inutiles , à moins qu'ils ne servent à nous redresser, voyons à profiter du temps qui nous reste. Je m'aide de mes réflexions; et comme j -approche de cet âge où tout nous échappe, je veux retrouver dans ma raison la valeur des choses Que je perds.

Tout le monde craint la vieillesse : on la regarde comme un âge livré à la douleur et au chagrin , où tous les plaisirs et les agréments disparaissent. Chacun perd en avançant dans l'âge , et les femmes plus que les hommes. Comme tout leur mérite consiste en agréments extérieurs , et que le temps les détruit , elles se trouvent absolument dénuées; car il y a peu de femmes dont le mérite dure plus que la beauté. Voyons s'il n'est pas possible de les remplacer; et comme il n'y a point de si petit bien qui ne vaille quelque chose entre les mains d'une personne habile, mettons à profit le temps de la vieillesse , et songeons à en faire usage pour notre perfection et pour notre bonheur.

Examinons les devoirs de là vieillesse , le respect et la décence qui sont dus â cet âge ; et connaissons aussi les avantages qu'on en peut tirer, pour en jouir.

La vie n'est pas dans l'usage du temps , mais dans l'usage qu'on en sait faire. Il faut faire un plan, et le suivre avec fermeté ; car enfin, changer de dessein et de conduite, c'est couper notre vie ; nous l'abrégeons par notre légèreté, et nous l'allongeons par une conduite uniforme.

Ces réflexions , ma fille , qui sont â présent pour moi , seront un jour pour vous. Préparez-vous une vieillesse heureuse par une jeunesse innocente. Souvenez-vous que le bel âge n'est qu'une fleur que vous verrez changer : les grâces vous abandonneront, la santé s'évanouira; la vieillesse viendra effacer les fleurs de votre visage : quelque jeune que vous soyez,

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