‹ Œuvres morales de Mme. de LambertChapitre 17 sur 30 · DR LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

DR LA VIEILLESSE

ce qui vient avec tant de rapidité n'est pas loin de

vous.

Nous avons en vieillissant les maux communs à l'humanité. Les maux du corps et de l'esprit sont à la suite d'un certain âge : a La vieillesse, dit Montaigne, attache plus de rides à l'esprit qu'au visage. » Les passions nous attendent dans le cours de la vie , et il semble que ce soient des gîtes où il faut passer nécessairement, a Des passions ardentes, dit Montaigne, . nous passons aux passions frileuses. » Les sentiments tristes sont à la suite de la vieillesse : elle tarit dans notre cœur la source de la joie et des plaisirs; elle dégoûte du présent, et craint l'avenir ; elle rend insensible à tout, excepté à la douleur.

Tous ces maux sont communs aux deux sexes ; mais il y en a qui ne sont que pour les femmes : comme il en est de différents caractères , il y a différentes sortes de peines à souffrir, et de conduites à suivre. Les femmes sont ou galantes , ou vertueuses : ces deux caractères sont variés d'une infinité de différences ; il y a bien des nuances et des degrés dans l'un et dans l'autre. Pour celles qui sont nées sans tendresse et sans agréments, et qui n'ont fait ni reçu aucune impression , elles jouissent de la tranquillité et de l'uniformité de la vie; elles perdent moins , en avançant en âge, que celles qui sont capables de prendre des sentiments et d'en inspirer : cependant . elles auront encore bien des maux à souffrir , et des imperfections à combattre. Elles doivent être en garde contre la tristesse. Nous devenons ennemies de la joie que nous avons intérêt de conserver en nous,

et qito immJs ne do\ons pas condamner dans les autros. Mais il faut choisir ses plaisirs, ou plutôt ses amusements : ce qui est permis el honnête dans un certain âge est indécent dans un autre.

L'avarice est encore un des faibles du demi»* âge. Comme tout manque, on veut tenir à quelque chose, et on s'attache aux richesses comme à son soutien, Cependant , si on savait raisonner , on verrait qu'on n'en a que faire, et qu'on s'assure plus de bonheur en les partageant qu'en les gardant.

Mais revenons aux femmes galantes : elles ont plus à perdre en vieillissant, et plus à travailler. Comme il en est de bien des sortes , il y a aussi différentes conduites à garder. Pour celles qui n'ont rien ménagé, qui ont été infidèles aux préjugés et aux vertus de leurs sexe, elles perdent infiniment : les plaisirs, 14 seul lien qui les unissait aux hommes, venant à manquer , elles ne tiennent plus à eux , ni eux à elles. Pour celles qui se sont respectées, qui ont su joindre la probité et l'amitié à l'amour , elles tiennent aux hommes par les vertus de la société; car la vertu seule a dtoit de nous unir. Les caractères sensibles ont plus à souffrir : le cœur ne s'use pas comme les sens. La fidélité à vos devoirs est souvent suivie d'une longue et pénible sensibilité : l'amour se dédommage sur les sentiments du cœur de ce que les sens lui ont refusé. Plus les sentiments sont retenus, et plus fis sont vite.

Les goûts s'affaiblissent en les exerçant, et les pas* sions des femmes s'usent comme celles des hommes. Enfin , Il y a un temps, dans la vie des femmes , qui

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devient une crise : c'est la conduite qu'elles gardent , et le parti qu'elles prennent:, qui donnent la dernière forme à leur réputation , et d'où dépend le repos de leur vio.

Dans la jeunesse , les femmes se soutiennent par l'ardeur du sang, qui les entraîne vers les objets sensibles, qui les livre aux passions permises ou défendues : la nouveauté des objets, qui excite et nourrit leur curiosité ; tout cela les soutient. Pour celles qui ont de la beauté et des agréments, elles jouissent des avantages de leur propre figure et de l'impression quelles font sur les autres : l'amour-propre est toujours nourri do ce qu'elles voient en eïles, ou de ce qu'elles inspirent. Quelle domination est plus prompte, plus douce et plus absolue que celle de la beauté? La majesté et l'autorité n'ont droit que sur les choses extérieures; la beauté en a sur l'âme; il n'y a guère de femme aimable qui n'ait joui de ces triomphes secrets. De plus, quelle source d'amusements ne fournit pas l'envie de plaire ! Tout l'appareil de la galanterie permise à une jeune personne, la parure, les spectacles; tous ces plaisirs sont l'occupation d'un certain âge. Quels mouvements ne donnent point les passions! Peut-on être plus vivement et plus fortement remué que par elles? Les événements de la vie des femmes en dépendent ; et de grands établissements ont été souvent la suite et la récompense d'un sentiment. Toutes ces choses sont enchaînées et relatives au cœur , et font une vie pleine et occupée, même pour celles qui n'ont pas fait un mauvais usage de leur liberté.

Tout cela échappe dans un certain âge, où, si vous

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voulez faire quelque usage de votre cœur, vous ne sen* tez plus que pour la douleur. Jl vient un temps où il faut mener une sorte de vie convenable aux bienséances et à la dignité de son âge : il faut renoncer à tout ce qui s'appelle plaisir vif. Souvent vous avez perdu le goût pour les amusements ; ils ne peuvent plus occuper ni remplir vos heures; vous avez perdu même vos véritables amis, et le temps est passé d'en faire d'autres. I^e revenu de la beauté, c'est l'amour; et la récompense de l'amour vertueux, c'est l'amitié ; et vous êtes bien heureuse quand toutes vos belles années vous ont acquis un ou deux amis véritables. Enfin , vous quittez chaque âge de la vie quand vous commencez à le connaître, et vous arrivez toute neuve dans un autre. Toutes les choses extérieures ne vous soutiennent plus ,ou vous sont interdites. Chez vous, vous ne trouverez plus qu'infirmités dans votre corps, que réflexions tristes dans l'esprit, que dégoûts. Il faut rompre tout commerce avec vos sentiments; on sent ses liens quand il les faut rompre.

On a dit que la dévotion était le faible de la vieillesse : pour moi, je crois qu'elle en est le soutien; c'est un sentiment décent, et le seul nécessaire : le joug de la religion n'est pas un fardeau, mais un soutien.

Mais passons aux devoirs de la vieillesse. Dans tous Jes temps de la vie nous nous devons aux autres , nous nous devons à nous-mêmes. Les devoirs envers les autres doublent en vieillissant. Dès que nous ne pouvons plus mettre d'agréments dans le commerce , on nous demande de vraies vertus : dans la jeunesse on songe à vous; dans la vieillesse, il faut penser aux

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