‹ Œuvres morales de Mme. de LambertChapitre 18 sur 30 · DE LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

DE LA VIEILLESSE

autres. On nous demande du partage, et on ne nous pardonne rien. En perdant la jeunesse, vous perdez aussi le droit de faillir; il ne vous est plus permis d'avoir tort. Nous n'avons plus en nous ce charme séduisant ; et on nous juge à la rigueur. Les premières grâces de la jeunesse ont un lustre qui couvre tout; les fautes de jugement sont pardonnées, et ont le mérite de l'ingénuité.

En vieillissant, il faut s'observer sur tout, et mettre dans ses discours et dans ses habits de la décence, ftien de plus ridicule que de faire sentir par des parures recherchées qu'on veut rappeler des agréments qui nous quittent : une vieillesse avouée est moins vieille : le grand inconvénient des femmes qui on tété aimables, est d'oublier qu'elles ne le sont plus. Il faut aussi se donner une forme de vie convenable : ce n'est pas vivre comme Ton doit, que de vivre au gré de ses passions et de ses fantaisies; et nous ne vivons comme nous devons que quand nous vivons selon la raison , car ce qui s'appelle nous, c'est notre raison.

il faut aussi avoir attention à ses sociétés, et ne s'unir qu'à des personnes de mœurs et d'âge semblables, les spectacles, les lieux publics doivent être interdits, ou du moins il faut y aller rarement : rien de moins décent que d'y montrer un visage sans grâces; dès qu'on ne peut plus parer ces lieux-là, il faut les abandonner. Les avantages de l'esprit se soutiennent mal au milieu d'une jeune-se brillante; ils vous font trop sentir ce que vous avez perdu. Rien ne convient mieux que d'être chez soi ; l'amour-propre y souffre moins qu'ailleurs : U v a cependant a>s amusements, permis,

et tout ce qui s'appelle plaisir honnête n'est point in* tordit.

Voyons ce que nous nous de> ons à nous-mêmes. Nos sentiments et noire conduite doivent être différents de ce qu'ils ont été dans nos premières années. Vous devez au monde des devoirs de bienséance, mai6 vous vous devez des sentiments permis et innocents, par dignité pour vous, car il faut vivre respectueusement avec soi-mgme ; il le faudrait aussi pour votre propre repos; mais on doit convenir qu'il y a des sentiments dont le divorce coûte à lame : vous n'en connaissez le prix et vous n'en savez faire usage que quand il faut les abandonner. Dans un âge plus avancé, le goût devient plus délicat sur ce qui blesse, et plus exquis sur ce qui plaît. L'amour est le premier des plaisirs, et la plus douce des erreurs; mais dès que vous avez perdu la jeunesse, les peines doublent, et les plaisirs diminuent. Ce qui fait les malheurs d'un certain temps, c'est que vous voulez conserver et porter des sentiments dans un âge où ils ne doivent point être : est-ce la faute de Page? n'est-ce pas la nôtre? Ce sont les mœurs qui font les malheurs , et non pas la vieillesse : tout âge est à charge à qui n'a pas au dedans de soi-même ce qui peut rendre la vie heureuse, il faut avec docilité se soumettre aux peines de son âge et de son état : la nature fait une espèce de traité avec les hommes ; elle ne leur donne la vie qu'à des conditions ; elle ne nous donne rien eu propriété ; elle ne fait que nous prêter. H ne faut pas se révolter contre les suites naturelles de l'humanité. On demandait à un philosophe qui avait vécu cent sept ans, s'il ne trou-

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