‹ Œuvres morales de Mme. de LambertChapitre 22 sur 30 · SUR LES RICHESSES · texte numérisé non relu

SUR LES RICHESSES

nité étant un des grands privilèges de la richesse , l'homme puissant s'est fait une citadelle dans son cœur, qui le met en sûreté contre les approches de la vérité et contre les reproches de sa raison et de sa conscience. Les grandes fortunes ne sont pas seulement l'aliment de notre amour-propre; elles sont aussi l'appui de notre faiblesse, et les lits où notre ame se repose; elle est faible et languissante sans elles. Mais souvent ees appuis sont trop forts, puisqu'ils nous font oublier notre soumission et notre dépendance.

Les richesses sont vaines dans leur usage, insatiables dans leur possession. Vaines , par la fausse idée qu'elles nous donnent de nous-mêmes , idée qui n'est pas fondée sur notre être réel , mais sur notre être imaginaire. Tout ce qui entoure ces favoris de la fortune sert leurs illusions. Ces vils adulateurs qui les approchent et qui déshonorent la louange par l'emploi qu'ils en font; ces poètes illustres, ces qrateurs, ministres de la renommée, s'abaissent quelquefois jusqu'à servir leur amour-propre. La renommée même les favorise : elle ne se charge que des actions d'éclat, et presque jamais des actions vertueuses. Tout contribue à soutenir cette fausse idée qu'ils ont d'eux mêmes, lis sentent que toute la nature ne travaille que pour eux : Ton ouvre les entrailles de la terre pour en tirer l'or et les pierreries; les pierreries, qui renferment toute la majesté de la nature, ne sont qu'à leur usage. Entrez chez eux, tout est en proportion avec cette idée de grandeur: maison superbe, table délicate, équipage magnifique. Tout ce qui les ap-

proche ne saurait être trop haut, trop élevé. Mais les règles de la proportion cessent dès qu'ils se tournent vers les autres ; ils ne mettent leur gloire ni leur bonheur à faire celui des autres. Fau&se idée de grandeur! elle n'est pas dans le faste ; elle n'est pas aussi dans notre imagination : ce n'est pas elle qui vous fait grands , mais bien ce que vous êtes dans l'idée des autres ; et, pour y être bien placés , il faut leur faire voir des qualités réelles et qui nous soient propres, et savoir leur être utiles : rien n'est si grand , et ne nous donne une place si illustre dans l'imagination des •hommes , que de contribuer par son bien au bonheur public, que de faire passer ses richesses sur tant de malheureux ; c'est leur donner un nouvel être que de les tirer de leur état. L'homme riche ne tourne ses regards vers les autres que pour comparer, que pour jouir de leur abaissement , et presque jamais pour les secourir : son cœur ne sent pas le besoin de foire des heureux. '

L'amour des richesses vientde la pauvreté de l'âme; si elle avait .les biens réels que donne la vertu, elle ne courrait pas après elles. Mais empêcheront-ils que la vérité ne vienne quelquefois tirer le rideau , ne leur montre la fausseté de leur opinion , et ne leur dise : Vous vous méprenez ; le Sonneur n'est pas où vous le placez; apprenez que ces richesses , en satisfaisant à tous vos désirs, les multiplient et augmentent vos besoins : vous étendez les passions par leur usage.

Les deux passions qui gouvernent les hommes, les deux sentiments de lame, l'amour et l'ambition , que

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les richesses favorisent et en même temps dégradent; quel parti en tirons-nous? Et savons-nous les employer? Elles nous ont été données, fune pour notre bonheur, et l'autre pour notre élévation. Les sentiments du cteiir font la félicité de l'homme; l'amour de la gloire en fait là dignité. Mais la vanité, la gloire des petites âmes, est devenue le ressort des esprits médiocres; et la vraie grandeur est ignorée. Les homme», qui mettent tant de délicatesse dans Fa mou r, en mettent peu dans l'ambition ; et ils sont aussi flattés d'une place achetée que d'une place méritée. Les hommes ne veulent être qu'élevés; ils ne se soucient pas d'être grands ; ce n'est pas la vraie gloire que l'on cherche, mais les distinctions établies parmi les hommes. Les grandes places sont autant de retranchements où les passions se fortifient ; et nous vivons dans cette erreur de vanité, que l'amour-propre incorpore dans notre âme.

Nous ne voulons que l'appareil de la gloire, et le bruit pour nous dérober à nous-mêmes; car tous ces favoris de la fortune ne sont que des fugitifs et dos déserteurs d'eux-mêmes. L'homme se cache sous le personnage, et se perd de vue. Une vie de spectacle est vide de bien réel; mais la vie privée devient recueil de ces réputations brillantes et dérobées ; elle le* démasque, et lait voir qu'elles né sont fondées que sur la vanité. Rien de plus, aisé que* d'imposer avec des richesses; elles parent, elles ornent tout. Que de félicité elles nous offrent au dehors, que d'ennemis au dedans, si la sagesse ne vient à notre secours pour en régler l'usage !

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Sur la fable de. Psyché ".

La fable de Psyché représente l'âme humaine; elle est dans le corps , comme Psyché dans le palais de l'Amour; elle y est servie par un être qu'elle ne connaît pas , qui exécute ses ordres avec une fidélité et une promptitude admirables. .

L'âme est mise dans le corps pour jouir, et non pas pour connaître. Ses sens , ce sont les portes et les canaux par lesquels elle se répand , se communique et se mêle avec tous les objets sensibles; ce sont les ministres de ses plaisirs. Tout ce qui l'environne ressemble aux nymphes destinées à servir l'épouse de l'Amour, et qui lui préparent des amusements. La volupté la sert : les spectacles, la symphonie , les saisons même ont l'intendance de ses plaisirs, et toute la nature en a soin. Tout est pour elle, dès qu'elle ne voudra que jouir; tout se refuse à elle dès qu'elle voudra connaître, L'Être des êtres , qui a pris pour attribut l'inconnu, veut être ignoré; il ne veut pas qu'on lui dérobe son secret. Les plaisirs, l'amour même ne veulent pas être examinés ; et l'on est forcé à leur passer bien des choses.

Mais l'âme s'ennuie de son propre bonheur; et, comme Psyché, elle veut avoir des spectateurs. Elle appelle ses deux sœurs, qui la précipitent dans le mal-

' Pxychç < u grec signifie àmc.

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heur; et nous, nous appelons les deux ennemis de notre repos, la curiosité et la vanité. La curiosité nous inquiète, nous agite, et nous fait acheter bien cher le peu de connaissance qu'elle nous donne. Pour la vanité, le bonheur n'habite point avec elle : un galant homme a dit, « qu'elle nous fait faire bien plus de x'hoses contre notre goût que la raison. » Ainsi , « nous sommes vains, comme dit Montaigne, aux dépens de notre aise» »

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