ESSAI SUR LES OUVRAGES
de M*» de Lambert. « Ne perdons point de vue, dit-elle à « son fils, un nombre infini de malheureux; vous ne devez « qu'au hasard la différence qu'il y a de vous à eux. Mais « l'orgueil et la haute opinion que nous avons de nous- « mêmes nous fait regarder, comme un bien qui nous est « dû, l'état où nous sommes, et comme un vol tout ce que « nous n'avons pas. Rien n'est plus injuste. Jouissez , mon a lits, des avantages de voire état, mais souffrez-en douce- «t ment les peines. »
Restée veuve très-jeune, Mm* de Lambert avait concentré toutes ses affections sur ses deux enfants, lé fils, auquel elle vient de s'adresser, et une fille pour qui elle écrivit aussi des Avis. En général, les traités de morale et d'éducation nous paraissent secs et arides, et peu utiles à la société. Nous exceptons pourtant des ouvrages de ce genre, ceux qui sont sortis de la plume d'un père et d'une mère s'adressant à leurs entants ; alors l'esprit vivifie la lettre \ ce ne sont plus de froids préceptes inspirés par les usages, les mœurs, les intérêts et même les vanités du monde dans lequel on vit ; ce sont de tendres et bienfaisants conseils dictés par le cœur et l'expérience; c'est la parole paternelle et maternelle écrite seulement pour des êtres chéris et par prévision de l'heure où, la mort venant glacer la voix du père et de la mère, il ne restera plus aux enfants que ces pages tracées pour eux , tes-* tament d'amour et de sainte autorité. Certes, de pareils traités d'éducation ou de morale nous paraissent excellents; ici, on ne trouve plus de dogmatiques sentences appliquées aU hasard à des élèves dont le moraliste a ignoré les penchants, et pour lesquels, par conséquent, il ne pouvait tracer qu'arbitrairement des règles de conduite. Les maximes écrites par un père ou une mère, à l'usage de leurs enfants, sont d'or* dinaire le résultat de l'étude faite chaque jour avec amour el sollicitude du caractère qu'ils veulent diriger ou réformer; ils connaissent à fond les natures auxquelles ils s'adressent,