DIS MADAME DE LAMBERT
ils savent s'en faire entendre, et ne leur parlent point une langue impuissante à persuader.
C'est surtout dans une mère , pénétrée de tendresse et d'anxiété, qui initie sa fille à la vie et la guide pas à pas, qu'on trouve une connaissance profonde de ce qui convient à une jeune âme pour la former à la verlu et au bonheur. Ici , la mère a à la fois des hardiesses et des retenues que le moraliste de profession n'aurait point; vivant dans l'atmosphère de la plante délicate qu'elle élève, elle sait le degré de lumière et d'ombre qui convient à son développement. L'organisation de l'enfant lui fait deviner l'adolescence; elle prévoit l'heure des passions, et cherche, dans son souvenir et son expérience, de doux et purs correctifs à leur entraînement ; elle s'aide de ce qu'elle a souffert, pour détourner la souffrance de la vie de son enfant; elle va jusqu'à l'aveu de ses propres défauts, pour en tirer une leçon utile au bonheur de l'être aimé qui est une part d'ellemême. C'est avec ce renoncement et cette effusion pénétrante que Mm« de Lambert parle à sa tille.
« Il ne suffit pas, ma fille, pour être estimable, de s'assu- « jettir extérieurement aux bienséances: ce sont les sentiments « qui forment le caractère, qui conduisent l'esprit, qui gou- « vernent la volonté, qui répondent de la réalité et de la du- « rée de toutes nos vertus... Ne nous croyons heureuse, ma « fille, que lorsque nous sentirons nos plaisirs naître du fond a de notre aine. Ces réflexions sont trop fortes pour une a jeune personne, et regardent un âge plus avancé; cepen- « dantje vous en crois capable; mais, de plus, c'est moi (pi i « m'instruis; uous ne pouvons graver trop profondément en « nous des préceptes de sagesse: la trace qu'ils font est tou- « jours légère ; mais il faut convenir que ceux qui s'occupent « de réflexions, et qui se remplissent le cœur de principes , « sont plus .près de la verlu que ceux qui les rejettent. »