TRAHI
les jours ma garde-robe sait bien le contraire1. » Le statuaire Lysippe eut raison de blâmer Apelle d'avoir peint Alexandre la foudre à la main. Pour lui , il se contenta de lui donner une lance , et il disait que le temps ne détruirait pas un honneur mérité.
J'approuve davantage l'opinion de ceux qui n'appliquent ni à des dieux ni à des hommes les revers qu'on raconte de Typhon , d'Osiris et d'Isis , mais à certains démons puissants que Platon , Pythagore , Xénocrate et Chrysippe , d'après les plus anciens théologiens , croient avoir été beaucoup plus forts que des hommes , et bien supérieurs en puissance à la nature humaine. La divinité n'était en eux ni pure ni sans mélange ; ils réunissaient les perceptions spirituelles de l'âme et les sensations corporelles ; ils étaient capables de plaisir, de douleur et de toutes les autres affections de cette nature qui avaient sur eux plus ou moins d'empire ; car il y a dans les génies , ainsi que dans les hommes , différents degrés de vertu et de vice. Ce que les Grecs publient des Géants et des Titans, de quelques actions injustes de Saturne, du combat d'Apollon contre Python , de la fuite de Bacchus et des courses de Cérès , ne diffère en rien des événements attribués à Osiris et à Typhon , ni des autres récits de cette nature dont tout le monde peut facilement s'instruire. Il faut en dire autant de tous les autres faits qui sont l'objet secret des mystères et des initiations , et qu'on dérobe avec soin aux regards et à la connaissance de la multitude.
Nous voyons Homère dire seulement des hommes d'une vertu supérieure, qu'ils sont semblables aux dieux , qu'ils ont
Des êtres immortels la sagesse profonde.
i Cet Antigonus, premier du nom, était roi de Macédoine, et surnommé Gonatas. Il régnait environ deux cent soixante-seize ans ayant noire ère.
D'iSfS ET d'OSIRIS. 343
Mais il se sert indifféremment du nom de démons pour désigner les bons et les méchants :
Fier démon, près de moi, viens assouvir ta rage : Pourquoi veux-tu des Grecs effrayer le courage ?
11 dit encore :
Tel qu'un démon terrible, au quatrième assaut , Il s1 élance" sur lui.
Et ailleurs :
Implacable démon! quel mal ont pu te faire,
Les malheureux Troyens, dont ton bras sanguinaire
Brûle de renverser les superbes remparts i ?
Il nous montre par là que les démons sont d'une nature mixte, et que leur volonté est susceptible d'affections opposées.
Aussi Platon attribue-t-il aux dieux de l'Olympe tout ce qui est à droite et en nombre impair, et aux démons ce qui est à gauche et en nombre pair. Xénocrate croit que les jours qu'on regarde comme funestes , que les fêtes où l'on pratique les flagellations , les plaintes lugubres , les jeûnes, les expressions ou obscènes ou de mauvais augure, ne sont point faits pour honorer les dieux ou les bons génies , mais qu'il y a dans la région de l'air des esprits forts et puissants dont le caractère sombre et mélancolique se plaît à ces tristes cérémonies qui les détournent de faire éprouver aux hommes de plus grands
i Dans le premier de ces passages d'Homère, c'est d'Alcinoiïs,' roi des Phéaciens, que cela est dit ; dans le second, c'est Ajax qui parle à Hector pendant l'assaut donné par les Troyens au camp des Grecs; le troisième regarde Achille trompé trois fois par Apollon, qui dérobe à ses coups Hector, sur lequel il fond avec fureur une quatrième fois. Dans le quatrième passage, Jupiter reproche à Junon sa haine implacable contre les Troyens, dont elle a juré la ruine totale.