‹ Œuvres morales de PlutarqueChapitre 22 sur 59 · IV. LE GANGE · texte numérisé non relu

IV. LE GANGE

Le Gange est un fleuve de l'Inde qui dut son nom au fait suivant. Unefetnme de Calaurie eut d'un Indien, son mari, un tils d'une beauté singulière, qui fut nommé Gangès, et qui, ayant perdu la raison dans l'ivresse, commit un inceste avec sa mère sans la connaître. Le lendemain, instruit par sa nourrice de ce qui s'était passé, il en eut une douleur si vive, qu'il se précipita dans le fleuve Ghliarus, qui fut depuis appelé Gange.

Il croît sur ses bords une plante semblable à la buglose. Les habitants la broient pour en exprimer le suc qu'ils conservent avec soin, et dont ils vont au milieu de la nuit frotter l'entrée des cavernes des tigres. Ces animaux, qui craignent l'effet de ce suc, n'osent pas sortir de leurs antres et s'y laissent mourir de faim, au rapport de Gallisthène dans son troisième livre de la Chasse2.

Auprès du Gange est le mont Anatolé ; voici l'origine de son nom. Le Soleil ayant vu une jeune fille nommée Anaxibia, qui se promenait dans la campagne, en devint amoureux; et ne pouvant réprimer sa passion, il la suivit dans le dessein de lui faire violence. La jeune fille, voyant qu'elle ne pouvait lui échapper, se réfugia dans le temple de Diane Orthienne, situé sur le mont Coryphe, et là elle disparut tout à coup. Le dieu, qui la suivait de près, ne l'apercevant plus, en fut si outré de douleur, qu'il se leva

1 Cet écrivain n'est connu que par ce traité et celui des Parallèles, et doit par conséquent être fort suspect.

2 Ce Callisthcnc n'est cité par aucun autre auteur tant soit peu ancien.

sur l'horizon à ce lieu même. Cette aventure lit que les gens du pays changèrent son premier nom en celui (TA natolé !. (Cémaron, dans le dixième livre de son histoire des Indes2. )

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