XI V. LE TAN AÏS
Le Tanaïs, lleuve de Scythie, s'appelait anciennement Amazonius, parceque les Amazones allaient s'y baigner. Voici à quelle occasion il changea de nom. Tanaïs, fds de Borossus et de l'amazone Lysippe, vivait dans la plus grande chasteté, haïssait les femmes, n'honorait que le dieu Mars, et méprisait le mariage. Vénus, pour le punir, lui inspira de l'amour pour sa propre mère. Tanaïs résista d'abord à cette passion ; mais, ne pouvant plus réprimer la violence de ses désirs , et voulant conserver sa chasteté, il se précipita dans le fleuve des Amazones, qui fut depuis appelé Tanaïs.
Il croît sur ses bords une plante nommée halinde ,dont les feuilles sont semblables à celles du chou. Les naturels du pays en expriment le suc et s'en frottent le corps. Il les échauffe tellement qu'ils peuvent résister an plus grand froid. Ils l'appellent en leur langue l'huile de Borosse.
Il y a aussi une pierre qui ressemble au cristal et représente un homme couronné. Quand le roi du pays est
1 Voilà encore un écrivain qui n'est point connu.
2 Eustalhe, dans ses notes sur Denys Périégéic, observe que le Tanaï«, en langue barbare, se nommait Silis ; que les Grecs lui avaient donné le nom de Tanaïs à cause de la rapidité de son cours, et qu'ils avaient ainsi changé les noms de plusieurs autres fleuves.
mort, le peuple s'assemble sur les bords du fleuve : celui qui trouve cette pierre est sur-le-champ déclaré roi , et reçoit le sceptre du prince mort. (Voyez Ctésiphon dans le second livre des Plantes. Aristobule en fait aussi mention dans le second livre des Pierres1.)
La montagne voisine s appelle , dans la langue du pays, Briœàba, c'est-à-dire front du bélier. Voici l'origine de ce nom. Phryxus perdit sa sœur Hellé en traversant le Pont- Euxin. Vivement affligé de cette perte, il se retira sur le sommet d'une colline. Quelques Barbares l'ayant aperçu y montèrent armés; le bélier à la toison d'or sur lequel il voyageait , en regardant au bas de la colline , vit cette troupe d'hommes marcher contre Phryxus, qui était endormi : il le réveille en lui parlant d'une voix humaine , le prend sur son dos et le porte jusqu'en Colchide. La colline fut depuis appelée le front, du bélier2.
Il croît sur cette montagne une plante que les Barbares nomment dans leur langue phryœa, c'est-à-dire qui hait les méchants ; elle est semblable à la rue, et les enfants d'un premier lit qui en portent sur eux, n'ont rien à craindre de leurs belles-mères. On la trouve en abondance près de l'antre de Borée , et quand on l'a cueillie , elle esf plus froide que la neige. Si une belle-mère tend des embûches à son fils , la plante jette des flammes et lui fait éviter les dangers dont il est menacé par une marâtre cruelle. (Voyez Agathon de Samos dans le second livre de son histoire de Scythie3.)
1 Ciésiphon est cité «avec éloge par Macrobe, liv. II, chap, \h. Arien parle d'un officier d'Alexandre, nommé Arrstobule, qui écrivit l'histoire de ce prince. Plutarquc le cite souvent dans la Vie d'Alexandre. Je ne sais |i c'est celui de notre auteur.
2 La tradition générale des mylbologistes est que Phryxus fuyait, avec sa Fœiir II elle, la colère de leur père Athamas, et qu'IIellé se noya dans le détroit cTAbyde, qui prit le nom d'Hcllesponl , aujourd'hui le détroit des Dardanelle s.
3 Cet historien n'est connu que par l'auteur de ce traité, et par celui des Parallèles.