FRAGMENT DE PLUTARQUE, SUR LA NOBLESSE
Je réunis ici tous les fragments que j'ai pu rassembler. J'en ai déjà traduit et publié trois qui se trouvent aussi dans la nouvelle édition d'Amyot, et qu'on a vus dans les volumes précédents, à la suite du traité sur l'Amour, où je les ai placés à cause de la ressemblance des matières. J'ai recherché avec soin tous ceux qui pouvaient exister, soit dans les auteurs anciens, tels qu'Aulu Gelle, Eusèbe, Stobée , soit dans les écrivains modernes, comme Fabricius, Wolfius, soit enfin dans des manuscrits qui n'ont pas encore été imprimés. J'indique à mesure les sources où je les ai puisés, afin qu'on puisse les comparer avec le texte de Plutarque. Quoiqu'il soit possible qu'il existe ailleurs d'autres fragments de ce philosophe, je crois cependant, d'après l'exactitude de mes recherches, pouvoir me flatter que cette édition renferme tout ce qui nous reste de ses OEuvres Morales, et qu'ainsi elle sera plus complète que toutes celles qui ont paru jusqu'à présent. J'ai cru que mes lecteurs me sauraient gré de les avoir fait jouir de tout ce que le temps a épargné des écrits d'un philosophe si digne de ce titre, et par l'exactitude de ses principes, et par la sagesse de sa conduite. Au reste, il est aisé de reconnaître que tous ces fragments appartiennent véritablement à Plutarque. Outre que les auteurs d'où je les ai tirés les citent sous son nom , et que les traités d'où ils les ont eux-mêmes empruntés se trouvent sous les mêmes titres dans le catalogue de son fils Lamprias, on ne peut y méconnaître la conformité des principes avec ses autres ouvrages; c'est le même fonds de morale, les mêmes opinions philosophiques, la même marche dans le développement des idées; on y retrouve des faits qu'il a déjà rapportés ailleurs, répétitions qui lui sont assez ordinaires; les mêmes preuves alléguées dans des matières semblables ; c'est la même forme, et, pour ainsi dire, la même physionomie; c'est le même caractère et la même couleur de style.
Celui de Plutarque manque en général d'agrément, de douceur et de grâce; ses phrases sont longues, quelquefois même un peu embarrassées et obscures , et sa diction n'a pas toute la pureté de l'atticisme. Il était éloigné du siècle de Platon et de celui de Dé-
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
mosthènes; et quoiqu'il fût nourri de la lecture des meilleurs modèles en tous genres, comme le prouvent les citations si nombreuses dont ses ouvrages sont remplis, l'air épais de la Béotie, qu'il avait respiré longtemps, avait influé sur son style; il n'avait pas vécu assez longtemps à Athènes, cette ville célèbre, le centre de la politesse et du bon goût , où un philosophe, à qui la beauté de son langage avait fait donner par Aristote même le nom de Théophraste ou de parleur divin, fut reconnu pour étranger à son accent par une marchande d'herbes. Il n'y avait pas, clis-je, vécu assez longtemps pour y épurer sa diction et y répandre ces grâces naturelles, ces formes agréables et cette simplicité charmante que nous admirons dans les auteurs attiques. Mais son style n'est pas, à beaucoup près, sans mérite; presque toujours il est fort, énergique, plein de comparaisons riches et abondantes qui servent à éclaircir, à relever ses pensées, et qui dédommagent par là de Ja longueur qu'on peut quelquefois leur reprocher. En général, il les emprunte des objets sensibles, des travaux de la nature, des affections du corps humain; par là elles ont le mérite de frapper tous les esprits, et de jeter plus de lumière sur les objets souvent difliciles qu'il traite. Comme il était rempli de la lecture des poètes, il emploie souvent des expressions et des tours poétiques qui donnent plus de force et plus d'éclat à ses pensées; quelquefois même il cite des passages de ces poètes qu'il fond dans son discours, sans s'assujettir à la forme et à la mesure des vers ; et ces citations fréquentes donnent à son style un caractère particulier qui le fait aisément reconnaître. On le retrouvera, si je ne me trompe, dans les fragments qu'on va lire ; il n'y en a aucun où je n'aie cru retrouver la touche et la manière du philosophe de Ghéronée. La plupart roulent sur des objets de morale, et auront ainsi plus d'intérêt pour le grand nombre des lecteurs.