F AGMENTS TIRÉS DU RECUEIL DE STOBÉE
1 . — Du traité où Plutarque examine si la préscience des choses futures est utile. Stobée, discours III sur la Prudence, p. 40, édit. de 1609.
La prudence n'a pas les corps pour objet, mais les choses que l'homme considère avant que d'y appliquer son action, afin de faire le meilleur usage de celles qui lui arrivent. C'est pour cela que la prudence porte sa vue dans l'avenir. Le corps n'a des yeux que dans sa partie antérieure ; par derrière, il est entièrement aveugle. Mais la pensée, parle secours de la mémoire, embrasse même le passé. C'est ce scribe intérieur qui, suivant Platon, réside continuellement dans notre ame. C'est cet instrument de l'esprit qui est inné dans l'homme, qui, saisissant les choses au moment où elles passent, les retient, les fixe, en fait, pour ainsi dire, un cercle, en ramenant à lui ce qui est passé, pour le joindre au présent, et l'empêche par là d'aller se perdre dans l'infini, et d'é-
chapper à notre connaissance, qui conserve et assure son existence.
2. — De l'épître sur V Amitié. Stobée, discours XLIV, sur le magistrat, p. 515.
Le meilleur témoin est celui qui ne juge jamais d'après les bienfaits qu'il a reçus, et qui ne consulte point son affection personnelle.
5. — De la même épître. Stobée 9 discours XLVI, sur la royauté, p. 328.
C'est donc par la douceur et par la bienfaisance, plutôt que par la crainte, qu'il faut chercher à gagner la bienveillance . La bonté et la prudence sont pour les hommes une source de biens réciproques. Pendant qu'Agrippinus était dans l'administration, il s'efforçait de persuader à ceux qu'il condamnait, qu'il ne le faisait que pour leur propre intérêt, « Ce n'est pas, disait-il, comme un ennemi ou comme un brigand que je porte ma sentence contre eux : c'est plutôt comme leur tuteur ou leur curateur. Ainsi le médecin console le malade à qui il va faire une amputation, et l'exhorte à se montrer tel qu'il doit être. » Cotys, roi de Thrace, châtiait très sévèrement ses sujets. Quelqu'un lui ayant dit que ce n'était pas là exercer l'autorité, mais agir avec fureur. Oui, répondit-il, mais cette fureur rend mes sujets sages et soumis.
k. — D'un traité sans titre. Stobée, discours XXXVIII, sur l'Envie, p. 224.
Il y a des gens qui comparent l'envie à la fumée. Cette passion, forte dans son commencement, se dissipe peu à peu, lorsque les personnes qui l'avaient excitée ont acquis une réputation éclatante; aussi porte-t-on moins d'envie aux vieillards. Hippias distingue deux sortes d'envie : l'une qui est juste, c'est celle qui voit avec peine les
méchants dans les honneurs ; l'autre injuste, qui s'afflige de voir les hons honorés. Les envieux sont doublement plus malheureux que les autres; non-seulement ils sont, comme le reste des hommes, affectés de leurs propres maux, mais encore de ceux d'autrui.
§*—Du traité sur la calomnie. Stobée, discours XL, sur la calomnie, p. 238.
Hippias dit que la calomnie est un des plus grands maux, et il en donne pour raison que les lois, qui punissent les voleurs, ne prononcent aucune peine contre les calomniateurs. Cependant ceux-ci nous dérobent la meilleure de nos possessions, qui est l'amitié ; en sorte que la violence, quoique nuisible, est moins injuste que la calomnie, parceque au moins elle se montre à découvert.