‹ Œuvres morales de PlutarqueChapitre 8 sur 59 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

tous n'étaient pas d'accord sur la manière dont il fallait entendre ce mot volupté, ni sur les objets auxquels ils rattachaient. On croit qu'Épieure et ceux de ses sectateurs qui connaissaient ses vrais principes, parlaient , non de la volupté que les hommes corrompus trouvent dans les plaisirs des sens et dans la servitude du vice, mais de ces jouissances pures que les ames honnêtes coûtent dans les exercices de l'esprit et dans la pratique de la vertu. Au contraire, les épicuriens libertins ne plaçaient la volupté que dans les plaisirs des sens, et ils étaient publiquement les précepteurs du vice et de la débauche. C'est donc d'après l'idée qu'on attache au principe d'Épicure qu'on peut l'absoudre ou le condamner. Gassendi, qui a écrit la Vie de ce philosophe, dont il avait en grande partie adopté le système, et dont il fut l'admirateur le plus passionné, l'a entendu de la manière la plus favorable, et il a fait l'apologie soit de ses dogmes, soit de sa conduite personnelle. Voilà pour et contre, parmi les modernes, des autorités respectables, qui, jointes aux sentiments opposés des anciens, n'aident pas à prononcer d'une manière décisive sur ce célèbre fondateur de l'épicuréisme.

Pour ne présenter ici que ce qui paraît moins contesté, on ne peut disconvenir que les opinions religieuses d'Épicure ne dussent scandaliser tous ceux qui conservaient quelque respect pour la Divinité et quelque attachement pour le culte public. L'idée qu'il donnait des dieux ne tendait à rien moins qu'à détruire l'opinion de leur providence, de leur action immédiate sur les événements du monde et sur les actions des hommes; il les supposait plongés dans un repos éternel, indifférents à tout ce qui se passait au dehors d'eux, et faisant leur bonheur de cette espèce d'insensibilité : opinion funeste, en ce qu'elle ôte aux hommes le frein salutaire que met à leurs passions l'idée de la présence continuelle d'un être tout-puissant qui veille sur leur conduite et qui la juge, qui récompense les vertus et punit les crimes, et, sans la foi de ces vérités précieuses, il n'est point de morale sur la terre. On ne peut douter que ce ne fût là le sentiment d'Épicure sur les dieux, quand on lit ce que ce philosophe en a écrit dans ses maximes, qu'il donnait comme des opinions certaines, et que Diogène Laerce nous a conservées: « Celui qui est bien heureux et immortel, dit-il dans la première de ces maximes, ne s'embarrasse de rien; il ne fatigue point les autres; la colère est indigne de sa grandeur, et les bienfaits ne sont point du caractère de sa majesté, pareeque toutes ces choses ne sont que le propre de la faiblesse. » Il fallait bien qu'Épicure eût senti combien cette doctrine était propre à soulever les esprits, ou même qu'il se fût aperçu de l'impression défavorable qu'elle

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