‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 13 sur 93 · P. — La haine n'est pas moins volage que l'amitié · texte numérisé non relu

P. — La haine n'est pas moins volage que l'amitié

La pitié est moins tendre que l'amour.

Les choses que l'on sait le mieux sont celles qu'on n'a pas apprises.

Au défaut des choses extraordinaires , nous aimons qu'on nous propose à croire celles qui en ont l'air.

L'esprit développe les simplicités du sentiment, pour s'en attribuer l'honneur.

On tourne une pensée comme un habit, pour s'en servir plusieurs fois.

Nous sommes flattes qu'on nous propose comme un mystère ce que nous avons pensé naturellement.

Ce qui fait qu'on goule médiocrement les philosophes , c'est qu'ils ne nous parlent pas assez des choses que nous savons.

La paresse et la crainte de se compromettre ont introduit l'honnêteté dans la dispute.

260. P. — Les grandes places dispensent quelquefois des moindres talents.

261. P. — Quelque mérite qu'il puisse y avoir à négliger les grandes places , il y en a peut-être encore plus à les bien remplir.

Si les grandes pensées nous trompent, elles nous amusent.

Il n'y a point de faiseur de stances qui ne se

préfère à Bossuet, simple auteur de prose ; et, clans l'ordre de la nature, nul ne doit penser aussi peu juste qu'un génie manqué.

Un versificateur ne connaît point déjuge compétent de ses écrits : si on ne fait pas de vers, on ne s'y connaît pas; si on en fait, on est son rival.

Le même croit parler la langue des dieux, lorsqu'il ne parle pas celle des hommes ; c'est comme un mauvais comédien qui ne peut déclamer comme l'on parle.

Un autre défaut de la mauvaise poésie est d'allonger la prose , comme le caractère de la bonne est de l'abréger.

11 n'y a personne qui ne pense d'un ouvrage er> prose : Si je me donnais de la peine, je le ferais mieux. Je dirais à beaucoup de gens : Faites une seule réflexion digne d'être écrite.

268. P. — Tout ce que nous prenons dans la morale pour défaut n'est pas tel.

Nous remarquons beaucoup île "vices pour admettre peu cle vertus.

L'esprit est borné jusque dans l'erreur qu'on dit son domaine.

270. P. — L'intérêt d'une seule passion, souvent malheureuse , tient quelquefois toutes les autres en captivité; et la raison porte ses chaînes sans pouvoir les rompre.

11 y a des faiblesses , si on l'ose dire , inséparables de notre nature.

Si on aime la vie, on craint la mort.

La gloire et la stupidité cachent la mort, sans triompher d'elle.

Le terme du courage est l'intrépidité à la vue d'une mort sûre.

La noblesse est un monument de la vertu, immortelle comme la gloire.

Lorsque nous appelons les reflexions, elles nous fuient; et quand nous voulons les chasser, elles nous obsèdent , et tiennent malgré nous nos yeux ouverts pendant la nuit.

Trop de dissipation et trop d'étude épuisent également l'esprit et le laissent à sec; les traits hardis en tout genre ne s'offrent pas à un esprit tendu et fatigué.

Gomme il y a des âmes volages que toutes les passions dominent tour à tour, on voit des esprits vifs et sans assiette, que toutes les opinions entraînent successivement, ou qui se partagent entre les contraires, sans oser décider.

Les héros de Corneille étalent des maximes fastueuses et parlent magnifiquement d'eux-mêmes, et cette enflure de leurs discours passe pour vertu

VAUVENA.RGUES. III. 8

parmi ceux qui n'ont point de règle dans le cœur pour distinguer la grandeur cl'ame de l'ostentation *.

L'esprit ne fait pas connaître la vertu.

Il n'y a point d'homme qui ait assez d'esprit pour n'être jamais ennuyeux.

La plus charmante conversation lasse l'oreille d'un homme occupé de quelque passion.

Les passions nous séparent quelquefois de la société, et nous rendent tout l'esprit qui est au monde aussi inutile que nous le devenons nous-mêmes aux plaisirs d'autrui .

Le monde est rempli de ces hommes qui imposent aux autres par leur réputation ou leur fortune ; s'ils se laissent trop approcher, on passe tout à coup à leur égard de la curiosité jusqu'au mépris,

1 L'auteur a développé cette idée dans ses Réflexions sur Corneille , tome II, p. 54 et suivantes.

comme on guérit quelquefois, en un moment, d'une femme qu'on a recherchée avec ardeur.

On est encore bien éloigne de plaire lorsqu'on n'a que de l'esprit.

L'esprit ne nous garantit pas des sottises de notre humeur.

Le désespoir est la plus grande de nos erreurs.

La nécessité de mourir est la plus amère de nos afflictions.

Si la vie n'avait point de fin, qui désespérerait de sa fortune? La mort comble l'adversité.

Combien les meilleurs conseils sont- ils peu. utiles, si nos propres expériences nous instruisent si rarement!

Les conseils qu'on croit les plus sages sont les moins proportionnés à notre état.

274. P. — Nous avons des règles pour le théâtre qui passent peut-être les forces de l'esprit humain.

275. P. — Lorsqu'une pièce est faite pour être jouée,, il est injuste de n'en juger que par la lecture.

268. — Le but des poètes tragiques est d'émouvoir. C'est faire trop d'honneur à l'esprit humain de croire que des ouvrages irréguliers ne peuvent produire cet effet. Il n'est pas besoin de tant d'art pour tirer les meilleurs esprits de leur assiette , et leur cacher de grands défauts dans un ouvrage qui peint les passions. Il ne faut pas supposer dans le sentiment une délicatesse que nous n'avons que par réflexion, ni imposer aux auteurs une perfection qu'ils ne puissent atteindre; notre goût se contente à moins. Pourvu qu'il n'y ait pas plus d'irrégularités dans un ouvrage que dans nos propres conceptions, rien n'empêche qu'il ne puisse' plaire, s'il est bon d'ailleurs. N'avons-nous pas des tragédies monstrueuses l qui entraînent toujours les

1 On peut citer, par exemple, le théâtre de Shakspeare et son prodigieux succès en Angleterre depuis plusieurs siècles, malgré les nombreuses irrégularités de ses pièces.

suffrages malgré les critiques, et qui sont les délices tlu peuple, je veux dire, de la plus grande partie des hommes? Je sais que le succès de ces ouvrages prouve moins le génie de leurs auteurs que la faiblesse de leurs partisans : c'est aux hommes à choisir de meilleurs modèles, et à s'efforcer, dans tous les genres, d'égaler la belle nature; mais comme elle n'est pas exempte de défauts, toute belle qu'elle paraît, nous avons tort d'exiger des auteurs plus qu'elle ne peut leur fournir. Il s'en faut de beaucoup que notre goût soit toujours aussi difficile à contenter que notre esprit.

Il peut plaire à un traducteur1 d'admirer jusqu'aux défauts de son original, et d'attribuer toutes ses sottises à la barbarie de son siècle. Lorsque je

1 II semble que dans cette remarque l'auteur a en vue M. et madame Dacier , traducteurs d'Homère et d'autres anciens écrivains grecs et latins. C'est principalement Homère dont il paraît qu'il est ici question. Si cela est , Vauvenargues a eu raison de supprimer dans sa seconde édition un jugement qui ne fait pas honneur à son goût. {Note de M. Suard.)

M. Gilbert pense que Vauvenargues a voulu parler de Shakspeare, et non pas d'Homère, que, dans le Discours sur le Caractère des différents siècles, il défend précisément contre ies reproches qu'il lui ferait ici.

crois toujours apercevoir dans un auteur les mêmes beautés et les mêmes fautes, il me paraît plus raisonnable d'en conclure que c'est un écrivain qui joint de grands défauts à des qualités éminentes , une grande imagination et peu de jugement, ou beaucoup de force et peu d'art, etc.; et, quoique je n'admire pas beaucoup l'esprit humain, je ne puis cependant le dégrader jusqu'à mettre dans le premier rang un génie si défectueux, qui choque continuellement le sens commun.

287. — C'est faute de pénétration que nous concilions si peu de choses.

Nous voudrions dépouiller de ses vertus l'espèce humaine, pour nous justifier nous-mêmes de nos vices, et les mettre à la place des vertus détruites : semblables à ceux qui se révoltent contre les puissances légitimes, non pour égaler tous les hommes par la liberté, mais pour usurper la même autorité qu'ils calomnient.

Un peu de culture et beaucoup de mémoire, avec quelque hardiesse dans les opinions et contre les préjugés, font paraître l'esprit étendu.

11 ne faut pas jeter du ridicule sur les opinions respectées; car on blesse par là leurs |jartisans , sans les confondre.

La jjlaisanterie la mieux fondée ne persuade point, tant on est accoutumé qu'elle s'appuie sur de faux principes.

L'incrédulité a ses enthousiastes, ainsi que la superstition : et, comme l'on voit des dévots qui refusent à Cromweli jusqu'au bon sens, on trouve d'autres hommes qui traitent Pascal et Bossuet de petits esprits.

Le plus sage et le plus courageux de tous les hommes, M. de Turenne *, a respecté la religion, et une infinité d'hommes obscurs se placent au

1 La Tour d'Auvergne [Henri de), vicomte de Turenne, tué d'un coup de canon le 27 juillet IG75, était né dans la religion protestante. Après avoir refusé de changer de religion lorsque son intérêt s'y trouvait , il embrassa, par l'effet de la simple persuasion , la religion catholique romaine, dans laquelle il mourut. — B.

rang des génies et des âmes fortes, seulement à

cause qu'ils la méprisent.

298. P. — Ainsi , nous tirons vanité de nos faiblesses et de nos plus folles erreurs. La raison fait des philosophes, et la gloire fait des héros; la seule vertu fait des sages.

Si nous avons écrit quelque chose pour noire instruction, ou pour le soulagement de notre cœur, il y a grande apparence que nos réflexions seront encore utiles à beaucoup d'autres ; car personne n'est seul dans son espèce , et jamais nous ne sommes ni si vrais, ni si vifs, ni si pathétiques, que lorsque nous traitons les choses pour nous-mêmes.

Lorsque notre ame est pleine de sentiments, nos discours sont pleins d'intérêt.

Le faux présenté avec art nous surprend et nous éblouit; mais le vrai nous persuade et nous maîtrise.

On ne peut contrefaire le génie.

Il ne faut pas beaucoup de réflexions pour faire cuire un poulet, et cependant nous voyons des hommes qui sont toute leur vie mauvais rôtisseurs ; tant il est nécessaire, dans tous les métiers, d'y être appelé par un instinct particulier et comme indépendant de la raison.

Lorsque les réflexions se multiplient, les erreurs et les connaissances augmentent dans la même proportion.

Ceux qui viendront après nous sauront peutêtre plus que nous, et ils s'en croiront plus d'esprit; mais seront-ils plus heureux ou plus sages? Nousmêmes qui savons beaucoup, sommes-nous meilleurs que nos pères qui savaient si peu?

Nous sommes tellement occupés de nous et de nos semblables, que nous ne faisons pas la moindre attention à tout le reste, quoique sous nos yeux et autour de nous.

Qu'il y a peu de choses dont nous jugions bien !

Nous n'avons pas assez d'amour-propre pour dédaigner le mépris d'autrui.

Personne ne nous blâme si sévèrement que nous nous condamnons souvent nous-mêmes.

L'amour n'est pas si délicat que l'amour-propre.

Nous prenons ordinairement sur nous nos bons et nos mauvais succès; et nous nous accusons ou nous nous louons des caprices de la fortune.

Personne ne peut se vanter de n'avoir jamais été méprisé.

Il s'en faut bien que toutes nos habiletés ou que toutes nos fautes portent coup : tant il y a peu de choses qui dépendent de notre conduite.

Combien de vertus et de vices sont sans conséquence ï

Nous ne sommes pas contents d'être habiles, si on ne sait pas que nous le sommes : et, pour ne pas en perdre le mérite , nous en perdons quelquefois le fruit.

Les gens vains ne peuvent être habiles; car ils n'ont pas la force de se taire.

C'est souvent un grand avantage pour un négociateur, s'il peut faire croire qu'il n'entend pas les intérêts de son maître, et que la passion le conseille ; il évite par là qu'on le pénètre, et réduit ceux qui ont envie de finir à se relâcher de leurs prétentions, les plus habiles se croyant quelquefois obligés de céder à un homme qui résiste lui-même à la raison, et qui échappe à toutes leurs prises.

Tout le fruit qu'on a pu tirer de mettre quelques hommes dans les grandes places, s'est réduit à savoir qu'ils étaient habiles.

Il ne faut pas autant d'acquis pour être habile que pour le paraître.

Rien n'est plus facile aux hommes en place que de s'approprier le savoir d'aulrui.

Il est peut-être plus utile, dans les grandes places, de savoir et de vouloir se servir de gens instruits, que de l'être soi-même.

Celui qui a un grand sens sait beaucoup.

Quelque amour qu'on ait pour les grandes affaires, il y a peu de lectures si ennuyeuses et si fatigantes que celles d'un traité entre les princes.

L'essence de la paix est d'être éternelle , et cependant nous n'en voyons durer aucune l'âge d'un homme, et à peine y a-t-il quelque règne où. elle n'ait été renouvelée plusieurs fois. Mais faut-il s'étonner que ceux qui ont eu besoin de lois pour être justes, soient capables de les violer?

La politique fait entre les princes ce que les tribunaux de la justice font entre les particuliers:

plusieurs faibles , ligues contre un puissant , lui imposent la nécessité de modérer son ambition et ses violences.

Il était plus facile aux Romains et aux Grecs l de subjuguer de grandes nations, qu'il ne l'est aujourd'hui de conserver une petite province justement conquise, au milieu de tant de voisins jaloux, et de peuples également instruits dans la politique et dans la guerre, et aussi liés par leurs intérêts, par les arts , ou par le commerce , qu'ils sont séparés par leurs limites.

M. de Voltaire ne regarde l'Europe que comme une république formée de différentes souverainetés2. Ainsi, un esprit étendu diminue en apparence les objets, en les confondant dans un tout qui les réduit à leur juste étendue; mais il les agrandit

1 On sait que les Grecs ont renversé et conquis le royaume de Perse , et que les Romains ont envahi presque toute la partie du monde connue de leur temps. Il est vraisemblable que l'auteur veut mettre ici en opposition, avec ces conquêtes , l'acquisition de la Lorraine faite par Louis XV, roi de France, en 1736. (Note de M. de Fortia.)

2 Dans l'Essai sur le Siècle de Louis XIV, chapitre II , Voltaire développe effectivement cette idée.

réellement, en développant leurs rapports, et en ne formant de tant de parties irrégulières qu'un seul et magnifique tableau.

C'est une politique utile, mais bornée, de se déterminer toujours par le présent, et de préférer le certain à l'incertain, quoique moins flatteur; et ce n'est pas ainsi que les États s'élèvent, ni même les particuliers.

S'il est facile de flatter les hommes en place, il l'est encore plus de se flatter soi-même auprès d'eux.

Les hommes sont ennemis-nés les uns des autres, non à cause qu'ils se haïssent, mais parce qu'ils ne peuvent s'agrandir sans se traverser; de sorte qu'en observant religieusement les bienséances , qui sont les lois de la guerre tacite qu'ils se font, j'ose dire que c'est presque toujours injustement qu'ils se taxent de part et d'autre d'injustice.

Les particuliers négocient, font des alliances, des traités, des ligues, la paix et la guerre, en un

mot , tout ce que les rois et les plus puissants peuples peuvent faire.

Dire également du bien de tout le monde est une petite et une mauvaise politique.

La méchanceté tient lieu d'esprit.

La fatuité dédommage du défaut de cœur.

Celui qui s'impose à soi-même, impose à d'autres.

Il y a des humiliations que le mérite soutient, mais la vanité les aggrave; elle les rend plus sensible.

Une philosophie naturelle, qui ne doit rien à la raison, n'en saurait recevoir les lois.

Le lâche a moins d'affronts à dévorer que l'ambitieux.

On ne manque jamais de raisons , lorsqu'on a fait fortune, pour oublier un bienfaiteur ou un ancien ami ; et on rappelle alors avec dépit tout ce que Ion a si longtemps dissimule de leur humeur.

Tel que soit un bienfait, et quoi qu'il en coûte, lorsqu'on l'a reçu à ce titre, on est obligé de s'en revanclier, comme on tient un mauvais marché quand on a donné sa parole.

Il n'y a point d'injure qu'on ne pardonne quand on s'est vengé.

On oublie un affront qu'on a souffert, jusqu'à s'en attirer un autre par son insolence.

S'il est vrai que nos joies soient courtes, la plupart de nos afflictions ne sont pas longues.

La plus grande force d'esprit nous console moins promptement que sa faiblesse.

Il n'v a point de perte que l'on sente si vivement, et si peu de temps, que celle d'une femme aimée.

Peu d'affligés savent feindre tout le temps qu'il faut pour leur honneur.

Nos consolations sont une flatterie envers les .affligés.

Si les hommes ne se flattaient pas les uns les autres, il n'y aurait guère de société1.

Il ne tient qu'à nous d'admirer la religieuse franchise de nos pères, qui nous ont appris à nous égorger pour un démenti; un tel respect de la vérité, parmi les barbares qui ne connaissaient que la loi de la nature, est glorieux pour l'humanité.

Nous souffrons peu d'injures par bonté.

1 La Rochefoucauld (Max. 87) a dit : Les hommes ne muraient pa% longtemps en société , s'ils n'étaient les dupes les uns des antres.

VAUVEXIRGUES. I1L 9

Nous nous persuadons quelquefois nos propres mensonges pour n'en avoir pas le démenti, et nous nous trompons nous - mêmes pour tromper les autres.

La vérité est le soleil des intelligences.

Pendant qu'une partie de la nation atteint le terme de la politesse et du bon goût, l'autre moitié est barbare à nos yeux , sans qu'un spectacle si singulier puisse nous ôtcr le mépris de la culture,

Tout ce qui flatte le plus notre vanité n'est fondé que sur la culture, que nous méprisons.

188. P. — L'expérience que nous avons des bornes de notre raison nous rend dociles aux préj u£es.

Gomme il est naturel de croire beaucoup de choses sans démonstration, il ne l'est pas moins de douter de quelques autres malgré leurs preuves.

La conviction de l'esprit n'entraîne pas toujours celle du cœur.

Les hommes ne se comprennent pas les uns les autres; il y a moins de fous qu'on ne croit.

Pour peu qu'on se donne carrière sur la religion et sur les misères de l'homme, on ne fait pas difficulté de se placer parmi les esprits supérieurs.

287. P. — Des hommes inquiets et tremblants pour leurs plus petits intérêts , affectent de braver la mort.

Si les moindres périls dans les affaires nous donnent de vaines terreurs, dans quelles alarmes la mort ne doit-elle pas nous plonger, lorsqu'il est question pour toujours de tout notre être , et que l'unique intérêt qui nous reste, il n'est plus en notre puissance de le ménager, ni même quelquefois de le connaître 1 !

1 Sur l'exemplaire de l'édition originale annoté par Voltaire , on lii ces mots : Vieux sermons / — Il n'en fallut

Newton, Pascal, Bossuet, Racine, Fénelon, c'està-dire les hommes de la terre les plus éclairés , dans le plus philosophe de tous les siècles, et dans la force de leur esprit et de leur âge, ont cru Jésus-Christ; et le grand Condé1, en mourant, répétait ces nobles paroles : «Oui, nous venons « Dieu comme il est : sicuti est, facie adjaciem^. »

Les maladies suspendent nos vertus et nos vices.

249. — La nécessité comble les maux qu'elle ne peut soulager.

pas davantage pour déterminer Vauvenargues à supprimer cette Maxime; mais il ne sacrifia pas l'idée; loin de là, il la reproduisit sous une forme plus vive encore, comme on peut le voir dans la 322e Maxime , ci-dessus. — D.

1 Bourbon [Louis de), second du nom, prince de Gonds, mourut le lt décembre 1686, Il avait témoigné beaucoup d'indifférence pour la religion dans sa jeunesse ; mais les derniers temps de sa vie furent presque entièrement consacrés à la piété, et sa mort fut très-chrétienne. — B.

2 Ce fut cette Maxime qui valut à Vauvenargues la qualification de capucin! qui se lit à la marge de l'exemplaire conservé à Aix ; qualification que Voltaire répétait dani sa lettre de mars 1746, qu'on peut lire à sa date, ci-après. — B.

Le silence et la réflexion épuisent les passions, comme le travail et le jeune consument les hu~ meurs.

285. P. — La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps.

Les hommes actifs supportent plus impatiemment l'ennui que le travail.

Toute peinture vraie nous charme , jusqu'aux louanges dautrui.

Les images embellissent la raison , et le sentiment la persuade,

L'éloquence vaut mieux que le savoir.

Ce qui fait que nous préférons très-justement l'esprit au savoir est que celui-ci est mal nommé, et qu'il n'est, ordinairement, ni si utile ni si étendu

que ce que nous connaissons par expérience, ou pouvons acquérir par réflexion. Nous regardons aussi l'esprit comme la cause du savoir, et nous estimons plus la cause que son effet : cela est raisonnable. Cependant, celui qui n'ignorerait rien aurait tout l'esprit qu'on peut avoir; le plus grand esprit du monde n'étant que science ou capacité d'en acquérir.

Les hommes ne s'approuvent pas assez pour s'attribuer les uns aux autres la capacité des grands emplois. C'est tout ce qu'ils peuvent, pour ceux qui les occupent avec succès, de les en estimer après leur mort. Mais proposez l'homme du monde qui a le plus d'esprit : oui, dit-on, s'il avait plus d'expérience, ou s'il était moins paresseux, ou s'il n'avait pas de l'humeur, ou tout au contraire : car il n'y a point de prétexte qu'on ne prenne pour donner l'exclusion à l'aspirant , jusqu'à dire qu'il est trop honnête homme, supposé qu'on ne puisse rien lui reprocher de plus plausible : tant cette maxime est peu vraie : quil est plus aisé de paraître digne des grandes places, que de les remplir 1.

1 La 164p Maxime de La Rochefoucauld est ainsi conçue : Il est plus facile de paraître digne des emplois qu'on na pas, que de ceux que Von exerce. Vauvenargues avait-il en vue cette pensée ? Dans ce cas il citait de mémoire.

Ceux qui méprisent l'homme ne sont pas de grands hommes '.

Nous sommes bien plus appliques à noter les contradictions, souvent imaginaires, et les autres fautes d'un auteur, qu'à profiter de ses vues, vraies ou fausses.

Pour décider qu'un auteur se contredit, il faut qu'il soit impossible de le concilier.

1 Variante : « Ceux qui méprisent l'homme se croient « de grands hommes. »

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