‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 19 sur 93 · L'expérience que nous avons des bornes · texte numérisé non relu

L'expérience que nous avons des bornes

de notre raison, ouvre notre esprit aux soupçons et aux fantômes de la peur.

(306. — Ceux qui méprisent l'homme se croient de grands hommes.

219. — Ce qu'on voit tous les jours dans le monde est arrivé dans la morale. L'homme étant tombé dans la disgrâce des philosophes , c'a été à qui le chargerait de plus de vices. S'il arrive jamais qu'il se relève de celte dégradation, et qu'on le remette à la mode, nous lui rendrons à l'envi toutes ses vertus et bien au delà.

Il n'y a point de noms si révérés et défendus avec tant de chaleur , que ceux qui honorent un parti.

Les grands rois, les grands capitaines, les grands politiques, les écrivains sublimes sont des hommes. Toutes les épithètes fastueuses dont nous nous étourdissons, ne veulent rien dire de plus.

Tout ce qui est injuste nous blesse, lorsqu'il ne nous profite pas directement.

Nul homme n'est assez timide, ou glorieux ou intéressé, pour cacher toutes les vérités qui pourraient lui nuire.

La dissimulation est un effort de la raison , bien loin d'être un vice de la nature.

Celui qui a besoin d'un motif pour être engagé à mentir, n'est pas né menteur.

Tous les hommes naissent sincères et meurent trompeurs.

Qu'il est difficile de faire un métier d'intérêt sans intérêt!

Les prétendus honnêtes gens , dans tous les métiers, ne sont pas ceux qui gagnent le moins.

Il est plaisant que de deux hommes qui veulent également s'enrichir , l'un l'entreprenne par ia

fraude ouverte, et l'autre par la bonne foi, et que tous les deux réussissent.

Les hommes semblent être nés pour faire des dupes et l'être eux-mêmes.

S'il est facile de flatter les hommes en place, il l'est encore plus de se flatter soi-même auprès d'eux. Un seul homme en amuse une infinité d'autres, tous également occupés de le tromper.

L'espérance fait plus de dupes que l'habileté.

Celui qui a besoin des autres les avertit de se défier de lui. Un homme inutile a bien de la peine à tromper personne.

Les grands vendent trop cher leur protection, pour que l'on se croie obligé à aucune reconnaissance.

Les grands n'estiment pas assez les autres hommes pour vouloir se les attacher par des bienfaits.

On ne regrette pas la perle de tous ceux qu'on aime.

L'intérêt nous console de la mort de nos proches, comme l'amitié nous consolait de leur vie.

Nous blâmons quelques hommes de trop s'affliger, comme nous reprochons à d'autres d'être trop modestes, quoique nous sachions bien ce qui en est.

330. — Quiconque a vu des masques, dans un bal, danser amicalement ensemble et se tenir par la main sans se connaître, pour se quitter le moment d'après et ne plus se voir, peut se faire une idée du monde.

On fait plutôt fortune près des grands en leur facilitant les moyens de se ruiner, qu'en leur apprenant à s'enrichir.

Un nouveau principe est une source inépuisable de nouvelles vues.

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Lorsqu'un édifice a été porté jusqu'à sa plus grande hauteur, tout ce qu'on peut faire est de l'embellir ou d'y changer des bagatelles sans toucher au fond. De même on ne peut que ramper sur les vieux principes de la morale, si l'on n'est soi-même capable de poser d'autres fondements, qui, plus vastes et plus solides, puissent porter plus de conséquences , et ouvrir à la réflexion un nouveau champ.

L'invention est l'unique preuve du génie.

Le sentiment ne nous est pas suspect de fausseté.

On n'apprend aux hommes les vrais plaisirs qu'en les dépouillant des faux biens, comme on ne fait germer le bon grain qu'en arrachant l'ivraie qui l'environne.

11 n'y a point, nous dit-on, de faux plaisirs : à la bonne heure ; mais il y en a de bas et de méprisables. Les choisirez-vous?

La vanité est le premier intérêt des riches.

C'est la faute des panégyristes ou de leurs héros, lorsqu'ils ennuient.

L'esprit ne tient pas lieu du savoir.

188. — L'intérêt du faible est de dépendre pour être protégé : cela n'empêche pas qu'il ne soit misérable d'avoir besoin de protection, et c'est au contraire la preuve de sa faiblesse et de sou malheur.

Il faut savoir mettre à profit l'indulgence de nos amis et la sévérité de nos ennemis,

Pauvre , on est occupé de ses besoins ; riche , on est occupé par les plaisirs; et chaque condition a ses devoirs, ses écueils et ses distractions, que le génie seul peut franchir.

Les grands hommes le sont quelquefois dans les petites choses.

Nous n'osons pas toujours entretenir les autres de nos opinions ; mais nous saisissons ordinairement si mal leurs idées, que nous perdrions peutêtre moins dans leur esprit à parler comme nous pensons, et nous serions moins ennuyeux.

Quelle diversité, quel intérêt et quel changement dans les livres, si on n'écrivait plus que ce qu'on pense !

478, — L'amitié n'est pas plus volage que la haine.

On pardonne aisément les maux passés et les aversions impuissantes.

* Voulez-vous dire de grandes choses, accoutumezvous d'abord à n'en jamais dire de fausses.

Il n'est pas besoin d'un long apprentissage pour se rendre capable de négocier, toute notre vie n'étant qu'une pratique non interrompue d'artifices et d'intérêts.

Si les armes prospèrent et que l'Etat souffre, on peut en blâmer le ministre , non autrement; à moins qu'il ne choisisse de mauvais généraux ou qu'il ne traverse les bons.

Quiconque ose de grandes choses, risque inévitablement sa réputation.

Il faudrait qu'on pût limiter les pouvoirs d'un négociateur sans trop resserrer ses talents , et du moins ne le pas gêner dans l'exécution de ses ordres. On le réduit à traiter, non selon son propre génie, mais selon l'esprit du ministre dont il ne fait que porter les paroles, souvent opposées à ses lumières. Est-il si difficile de trouver des hommes assez fidèles et assez habiles pour leur confier le secret et la conduite d'une négociation? ou serait-ce que les ministres veulent être l'ame de tout, et ne partager leur ministère avec personne? Cette jalousie de l'autorité a été portée si loin par quelques-uns, qu'ils ont prétendu conduire de leur cabinet jusqu'aux guerres les plus éloignées, les généraux étant tellement asservis aux ordres de la cour , qu'il leur était presque impossible de profiter de la

faveur des occasions , quoiqu'on les rendît responsables des mauvais succès.

Nul traité qui ne soit comme un monument de la mauvaise foi des souverains.

On dissimule quelquefois dans un traité, de part et d'autre , beaucoup d'équivoques qui prouvent que chacun des contractants s'est proposé formellement de le violer dès qu'il en aurait le pouvoir.

La guerre se fait aujourd'hui entre les peuples de l'Europe, si humainement, si habilement, et avec si peu de profit, qu'on peut la comparer, sans paradoxe, aux procès des particuliers, où les frais emportent le fonds, et où l'on agit moins par force que par ruse.

Les grandes places instruisent promptement les grands esprits.

Despréaux n'a jugé de Quinault que par ses défauis, et les amateurs du poëte lyrique n'en jugent que par ses beautés.

La musique de Montcclair 1 est très-sublime dans le fameux chœur de Jephtc ; mais les paroles de l'abbé Pellcgrin 2 ne sont que belles. Ce n'est pas de ce que l'on danse autour d'un tombeau à l'Opéra, ou de ce qu'on y meurt en chantant, que je me plains; il n'y a point de gens raisonnables qui trouvent cela ridicule. Mais je suis fâché que . les vers soient toujours au-dessous de la musique, et que ce soit du musicien qu'ils empruntent leur principale expression. Voilà le défaut. Et lorsque j'entends dire, après cela, que Quinault a porté son genre à sa perfectionne m'en étonne, et quoique

1 Montcclair [Michel) , célèbre compositeur, né près de Chaumont en Bassigny en 1666, montra dès sa pins tendre enfance de la disposition pour la musique ; il reçut les premières leçons de Moreau, maître de chapelle de la cathédrale de Langres. En 1700 il vint à Paris, entra à l'orchestre de l'Opéra; il fut le premier qui joua de la contrebasse. Il mourut en septembre 1737, suivant Du Tillet, et le 24 mars de la même année , selon l'auteur du Mercure (mars 1738, p. 566).

On a de lui plusieurs ouvrages estimés. Il a mis en musique trois poëmes de l'abbé Pellegrin, et entre autres la tragédie de Jephté , représentée en 1731 .

2 Pellegrin (Simon-Joseph) , né à Marseille en 1663, d'abord religieux de l'ordre des Servîtes , et depuis abbé de Cluny, mourut le 5 septembre 1745.

je n'aie pas grande connaissance là-dessus , je ne puis du tout y souscrire.

Tous ceux qui ont l'esprit conséquent ne l'ont pas juste. Ils savent bien tirer des conclusions d'un seul principe, mais ils n'aperçoivent pas toujours tous les principes et toutes les faces des choses. Ainsi ils ne raisonnent que sur un côté, et ils se trompent. Pour avoir l'esprit toujours juste, il ne suffit pas de l'avoir droit, il faut encore l'avoir étendu. Mais il y a peu d'esprits qui voient en grand, et qui en même temps sachent conclure. Aussi n'y a-t-il rien de plus rare que la véritable justesse. Les uns ont l'esprit conséquent, mais étroit. Ceux-là se trompent sur toutes les choses qui demandent de grandes vues. Les autres embrassent beaucoup, mais ils ne tirent pas si bien des conséquences ; et tout ce qui demande un esprit droit, les met en danger de se perdre.

INous ne savons pas beaucoup de gré à nos amis d'estimer nos bonnes qualités, s'ils osent seulement s'apercevoir de nos défauts. Nous voudrions sottement des hommes qui fussent clairvoyants sur nos vertus et aveugles sur nos faiblesses.

475. — On peut penser beaucoup de mal d'un homme, et être tout à fait de ses amis, car on sait que les plus honnêtes gens ont leurs défauts, quoiqu'on suppose tout haut le contraire ; et nous ne sommes pas si délicats que nous ne puissions aimer que la perfection. On peut aussi beaucoup médire de l'espèce humaine , sans être en aucune manière misanthrope, parce qu'il y a des vices que l'on aime, même dans autrui.

179. — Si nos amis nous rendent de bons offices, nous pensons qu'à titre d'amis ils nous les doivent, et nous ne pensons point du tout qu'ils ne nous doivent pas leur amitié.

Quelque service que l'on rende aux hommes, on ne leur fait jamais autant de bien qu'ils croient en mériter.

La familiarité et l'amitié font beaucoup d'ingrats.

Les grandes vertus excitent les grandes jalousies. Les grandes générosités produisent les grandes in-

gratitudes. Il en coûte trop d'être juste envers le mérite éminent.

Ni la pauvreté ne peut avilir les âmes fortes, ni la richesse ne peut élever les âmes basses. On cultive la gloire dans l'obscurité ; on souffre l'opprobre dans la grandeur. La fortune, qu'on croit si souveraine , ne peut presque rien sans la nature.

Il y a de fort bonnes gens qui ne peuvent se désennuyer qu'aux dépens de la société.

Quelques-uns entretiennent familièrement et sans façon le premier homme qu'ils rencontrent, comme on s'appuierait sur son voisin si on se trouvait mal dans une église.

116. — La ressource de ceux qui n'imaginent pas beaucoup de choses est de les conter à beaucoup de gens.

123. — La raison qui n'est pas fondée sur la nature est illusion.

L'intérêt est la règle de la prudence.

135. — La conscience est présomptueuse dans les sains, timide dans les faibles et les malheureux, inquiète dans les indécis, etc. Organe obéissant du sentiment qui nous domine, plus trompeuse que la raison et la nature.

* Faites remarquer une pensée dans un ouvrage, on vous répondra qu'elle n'est pas neuve; demandez alors si elle est vraie, vous verrez qu'on ne saura rien.

482. - — Socrate savait beaucoup moins que F...1. Il y a peu de sciences utiles.

157. — S'il est vrai qu'on ne peut anéantir le vice, la science de l'homme est de le faire servir à la vertu. Aidons-nous des mauvais motifs pour nous fortifier dans les bons.

1 Fontenelle. — Vauvenargues a dit la même chose de Bayle. Voyez ci-dessus, p. 105, 462e Maxime.

166. — La morale austère ressemble à la science de ces hommes graves l qui détruisent le genre humain pour détruire un vice du sang souvent imaginaire.

La science des mœurs ne donne pas celle des hommes.

L'esprit enveloppe les simplicités de la nature pour s'en attribuer l'honneur.

487. — La présence d'esprit est plus nécessaire à un négociateur qu'à un ministre. Les grandes places dispensent quelquefois des moindres talents.

488. — Quelque mérite qu'il puisse y avoir à négliger les grandes places, il est pourtant vrai qu'elles passent notre esprit.

197. — Le dégoût est un témoignage d'indigestion et de faiblesse.

1 Les médecins.

202. — O pompe des cieux ! qu'êtes-vous? Nous avons surpris le secret et l'ordre de vos mouvements. Dans la main d'un roi invisible, esclaves soumis et ressorts peut-être insensibles, le monde sur qui vous régnez mériterait - il nos hommages? Les révolutions des empires, la diverse face des temps, les nations qui ont dominé et les hommes qui ont fait la destinée de ces nations mêmes, les principales opinions et les coutumes qui ont partagé la créance des peuples dans la religion, les arts, la morale et les sciences, tout cela que peut-il paraître? Un homme, du creux d'un rocher, et comme un atome invisible sur la terre, embrasse en quelque sorte d'un coup d'ceil le spectacle de l'univers dans tous les âges.

211. — J'aime un écrivain qui embrasse tous les temps et tous les pays, et rapporte beaucoup d'effets à peu de causes; qui compare les préjugés et les mœurs de différents siècles, qui, par des exemples tirés de la musique et de la peinture, me fait connaître les beautés de l'éloquence et l'étroite liaison des arts. Je dis d'un homme qui rapproche ainsi les choses humaines, qu'il les voit en grand, si ses

conséquences sont justes; car s'il conclut mal, il voit mal et n'a pas l'esprit étendu.

215. — Savoir bien rapprocher les choses, voilà l'esprit juste. Le don de rapprocher beaucoup de choses et de grandes choses, c'est l'esprit étendu : de là l'exclusion naturelle de tout esprit faux.

216. — Un homme qui digère mal et qui est vorace, c'est l'image de beaucoup d'esprils.

Chaque condition a ses erreurs et ses lumières ; chaque peuple a ses mœurs et son génie selon sa fortune. Les Grecs , que nous avons passés en délicatesse, nous passaient en simplicité.

495. — Tout ce que nous prenons pour des défauts n'est pas tel.

150. — La raison et le sentiment se conseillent et se suppléent tour à tour. Quiconque ne consulte qu'un des deux et renonce à l'autre, s'affaiblit luimême, et trompe, par son imprudence, les sages précautions de la nature.

498. — L'intérêt dune seule passion, souvent malheureuse, tient quelquefois toutes les autres en captivité; et noire raison enchaînée porte ses fers sans pouvoir les rompre.

Il n'y a point de gloire achevée sans celle des armes.

Le gloire embellit les héros.

* L'esprit ne fait presque jamais le sel de la conversation.

520. — Nous avons des règles pour les théâtres qui passent peut-être nos forces, et que les plus heureux génies n'exécutent que faiblement.

521. — Si une pièce est faite pour être jouée, il n'en faut pas juger par la lecture, mais par l'effet des représentations.

Il arrivera peut-être que la raison humaine se

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perfectionnera encore beaucoup, et que ce que nous savons ne sera plus rien. Mais ceux qui poliront nous passer dans les routes que nous leur ouvrons, et qui s'en croiront plus d'esprit, n'en vaudront pas mieux par le cœur.

N'avoir nulle vertu ou nui défaut est également sans exemple.

293. — On suppose que ceux qui servent la vertu par intérêt la trahiraient pour le vice utile. Point du tout : l'intérêt d'un esprit bien fait ne se trouve guère dans le vice, et son inclination ou sa raison y répugnent trop fortement.

Si la vertu se suffisait à elle-même , elle ne serai t plus une qualité humaine, mais surnaturelle.

262. — Des auteurs sublimes n'ont pas néglige de primer encore par les agréments, flattés de remplir l'intervalle qui sépare les extrémités, et de contenter tous les goûts. Le public, au lieu d'applaudir à l'universalité de leurs talents, a cru qu'ils étaient incapables de se soutenir dans l'héroïque, et

on n'ose les égaler à ces grands hommes qui , soigneux de conserver dans tous leurs écrits un caractère plein de dignité et de noblesse, paraissent avoir dédaigné de dire tout ce qu'ils ont tu, et abandonné aux génies subalternes les talents médiocres.

265. — Je n'ôte rien à l'illustre Racine, le plus sage et le plus éloquent des poètes, pour n'avoir pas traité beaucoup de choses qu'il eut embellies; content d'avoir montré, dans un seul genre, la richesse et la sublimité de son esprit. Mais je me sens forcé de respecter un génie hardi et fécond, élevé, pénétrant, facile, plein de force; aussi vif et ingénieux dans les petites choses que vrai et pathétique dans les grandes; toujours clair, concis et brillant; philosophe et poêle illustre au sortir de l'enfance; répandant sur tous ses écrits l'éclatante et forte lumière de son jugement; instruit, dans la fleur de son âge, de toutes les connaissances utiles au genre humain; amateur et juge éclairé de tons les arts; savant à imiter toutes sortes de beautés par la grande étendue de son génie , et maître dans les genres les plus opposés. J'admire la vivacité de son esprit, sa délicatesse, son érudition, et cette vaste intelligence qui comprend si distinctement tant de faits et d'objets divers. Bien loin de

critiquer ses endroits faibles ou ses fautes, je m'étonne qu'ayant osé se montrer sous tant de faces , on ait si peu de chose à lui reprocher.

288. — Ceux qui ne nous proposent que des paradoxes et des conlradiclions imaginaires, sont les charlatans de la morale.

* Lorsqu'on est pénétré de quelque grande vérité et qu'on la sent vivement, il ne faut pas craindre de la dire, quoique d'autres l'aient déjà dite. Toute pensée est neuve, quand l'auteur l'exprime d'une manière qui est à lui.

253. — Les chagrins et les joies de la fortune se taisent à la voix de la nature , qui la passe en rigueur comme en bonté.

599. — La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps, mortelle lorsqu'elle est trop longue, quoique nécessaire.

Il y a peu de situations désespérées pour un

esprit ferme qui combat à force inégale, mais avec

courage, la nécessité.

593. — Nous sied-il de braver la mort, nous qu'on voit inquiets et tremblants pour les plus petits intérêts?

Nous louons souvent les hommes de leur faiblesse , et nous les blâmons de leur force.

73. — Le faible s'applaudit lui-même de sa modération , qui n'est que paresse et vanité.

Les siècles savants ne l'emportent guère sur les autres, qu'en ce que leurs erreurs sont plus subtiles.

Les simplicités nous délassent des grandes spéculations.

Le plus ou le moins d'esprit est peu de chose , et ce peu fait pourtant la force, la grâce et la perfection des intelligences, ou tout au contraire,

comme la disposition de quelques-uns de nos organes fait la santé ou la maladie, la difformité ou la beauté du corps, objets impotrants pour les hommes, quoique petits à leurs propres yeux.

242. — Quelque vanité qu'on nous reproche , nous avons besoin quelquefois qu'on nous assure de notre mérite, et qu'on nous prouve nos avantages les plus manifestes.

Le désir de la gloire prouve également et la présomption et l'incertitude où. nous sommes de notre mérite.

Nous ambitionnerions moins l'estime des hommes, si nous étions plus surs d'en être dignes.

* Ce qu'il y a de plus embarrassant, quand on n'est pas né riche , c'est d'être né fier.

* Oh! qu'il est difficile de se résoudre à mourir!

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