LETTRE XXII
VAUVENARGUES A S AIN T- VIN C EN S
A Prague, le 14 mars 1742.
11 m'en coûte trop, mon cher Saint-Vincens , quand j'accuse votre amitié de froideur ou de négligence, pour souhaiter de l'en convaincre : je serai toujours charmé d'avoir tort, en de semblables occasions, et vous me trouverez toujours trèsdisposé à vous croire. Je prends de la même manière tout ce que vous m'écrivez au sujet de ma santé; il ne m'est pas possible, mon cher Saint- Vincens , de douter de l'intérêt que votre cœur y
1 Échéance des intérêts de la somme dont Saint-Vincens répondait pour Vauvenargues.
veut prendre , et le mien est ému de cette persuasion. N'ayez plus, mon cher ami, cette inquiétude pour moi; je suis bien remis, grâce à Dieu; de sorte qu'à mes jambes près, qui méritent peu d'attention, je me porte mieux que jamais. Je n'ai reçu votre lettre que le 2 mars, qui est le jour de notre arrivée à Prague; je ne vous dirai pas ce que nous avons fait jusqu'alors; vous l'avez su, si vous l'avez voulu. A parler naturellement, nous n'avons rien fait de bien ; la campagne a été dure , à cause de l'hiver; mais il est heureux que cela nous attire quelque pitié. Adieu, mon cher Saint- Vincens , je ne réponds rien à ce que vous me dites sur les intérêts de mars; le moyen d'y répondre comme je voudrais? Je profite du délai que vous me donnez; mais je trouverai bientôt, j'espère , quelque arrangement, pour n'en pas abuser l.
1 Plus de dix mois vont s'dcouler avant que Vauvenargues puisse donner des marques de sa bonne volonté, et entretenir l'échange de ses lettres avec son ami. Les événements de la guerre s'y opposent. Le général Lobkowitz , battu par les maréchaux de Broglie et de Belle-Isle, dans le combat de Sahai, livré le 25 mai 1742, a opéré sa jonction avec le prince Charles de Lorraine, il prend sa revanche, et repousse les Français au delà de la Moldau. Rentrés dans Prague au nombre de vingt- cinq mille hommes , les Français s'y maintiennent, assiégés par
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