LETTRE XXXIII
VOLTAIRE A VAUVEXARGUES.
Paris, le 17 mai 1743.
J'ai tardé longtemps à vous remercier, Monsieur, du portrait que vous avez bien voulu m'envoyer de Bossuet, de Fénelon et de Pascal; vous êtes animé de leur esprit quand vous parlez d'eux. Je vous avoue que je suis encore plus étonné que je
propriété en 1819. — Le manuscrit du Louvre, provenant en entier de la succession Saint-Vincens, quoique autographe, ne se composait guère que des cahiers que Vauvenargues soumettait au jugement de son ami.
ne l'étais que vous fassiez un métier, très-noble à la vérité, mais un peu barbare , et aussi propre aux hommes communs et bornés qu'aux gens d'esprit. Je ne vous croyais que beaucoup de goût et de connaissances, mais je vois que vous avez encore plus de génie. Je ne sais si cette campagne vous permettra de le cultiver; je crains même que ma lettre n'arrive au milieu de quelque marche, ou dans quelque occasion où les belles-lettres sont très-peu de saison. Je réprime mon envie de vous dire tout ce que je pense, et je me borne au plaisir de vous assurer de la singulière estime que vous m'inspirez. Je suis, Monsieur, votre, etc.