‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 45 sur 93 · LETTRE XXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIV

VAUVENARGUES A SAINT -VIN CEINS

Au camp de Hanau , le 16 juillet 1743.

Je réponds bien tard à votre dernière lettre , mon cher Saint-Vincens; vous savez que ce n'est pas ma coutume. Je voulais vous envoyer quelque chose, non pas pour satisfaire votre curiosité, que je ne mérite point, mais pour consulter votre critique, qui, trop flatteuse jusqu'aujourd'hui , peut

être forcée, par la continuité de ma confiance, à se réduire aux termes de la vérité et de l'amitié. Mais, n'ayant pas de copiste à présent, et ne pouvant vaincre ma paresse , je renvoie cela à ma première lettre.

J'ai prié mon père, après l'action de Detlingen ', de vous donner de mes nouvelles; je ne vous ferai pas aujourd'hui un détail de cette malheureuse affaire ; il vaudrait autant vous parler de la bataille de Platée. Tout ce qu'on peut dire là-dessus, c'est qu'on n'a jamais rien vu de pareil. M. de Montijo, ambassadeur d'Espagne auprès de l'Empereur , disait à quelques officiers du régiment : « Messieurs, « voilà une grande action : on disait dans toute « l'Europe : Les Français ne veulent pas se battre, « les Français ne veulent pas se battre. Vraiment « vous leur avez fait voir le contraire. Il faudra « qu'on dise à présent : Ils se battent comme des «fous, ils se battent comme des fous. » M. de Montijo avait raison; ce qu'il dit est vrai à la lettre.

Adieu, mon cher Saint-Vincens ; nous allons re-

1 Cette bataille, livrée le 27 juin 1743, contre les Anglais et les Impériaux,, fut perdue par une fausse manœuvre de Louis de Gramont , colonel des gardes françaises, que sa fougue imprudente avait entraîné à un acte de désobéissance. Deux ans après, le 11 mai 1745, Louis de Gramont fut tué d'un coup de canon sur le champ de bataille de Fontenoy.

passer le Rhin ; je ne vous rends pas les discours que l'on tient là-dessus, ici; j'en viens de faire une grande lettre à ma mère; mais' cela ne vaut pas la peine d'être répété.

Adieu , encore une fois. Envoyez-moi voire adresse, lorsque vous irez à la campagne, et ne me négligez pas.

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