‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 68 sur 93 · VOLTAIRE A M. DE V AU V EN AR GU E S · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A M. DE V AU V EN AR GU E S

J'ai passé plusieurs fois chez vous, pour vous remercier d'avoir donné au public des pensées au-

1 Tout entier à l'espoir d'arriver, comme écrivain , à la gloire, que sa mauvaise santé l'avait empêché d'acquérir par les armes, Vauvenargues luttait alors avec courage contre un état voisin de la misère. — B.

2 Les Lordonet étaient seigneurs d'Esparron de Pal- Hères, dans le Var.

3 Cette lettre, qu'on trouve dans la Correspondance

dessus de lui. Le siècle qui a produit les Étrennes de la Saint-Jean1 , les Écosseuses2, Misapouf3, ne vous méritait pas; mais enfin, il vous possède, et je bénis la nature. ïl y a un an que je dis que vous êtes un grand homme, et vous avez révélé mon secret. Je n'ai lu encore que les deux tiers de votre livre; je vais dévorer la troisième partie. Je l'ai porté aux antipodes, dont je reviendrai incessamment pour embrasser l'auteur, pour lui dire combien je l'aime, et avec quel transport je m'unis à la grandeur de son ame et à la sublimité de ses réflexions , comme à l'humanité de son caractère. Il y a des choses qui ont affligé ma philosophie; ne peut-on pas adorer l'Être suprême, sans se faire capucin4? N'importe, tout le reste m'enchante;

générale de Voltaire , a été publiée pour la première fois par M. Gilbert dans son édition de Vauvenargues. L'autographe est sans date ; mais Vauvenargues ayant donné son livre en février 1746, sa lettre a dû être écrite en ce mois, ou, au plus tard, vers les premiers jours de mars.

1 Recueil de pièces de divers auteurs : Montesquieu, le comte deMaurepas, le comte de Caylus, La Chaussée, etc.

2 Autre recueil attribué à Vadé, au comte de Caylus, et à la comtesse de Verrue.

3 Par l'abbé de Voisenon; 2 volumes in-12.

4 Voltaire fait ici allusion, non pas à quelques Maximes qui ont égaïement affligé sa philosopJiie, mais à la Méditation sur la Foi. Cette remarque résulte de ce qu'il vient

vous êtes l'homme que je n'osais espérer, et je vous conjure de m'ai mer.

Je suis, Monsieur, votre, etc.

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