‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 69 sur 93 · LETTRE LXI · texte numérisé non relu

LETTRE LXI

VAUVENARGUES A SAINT-VIN CENS

A Paris , le 7 mars 1746.

Je n'ai pas trouvé encore d'occasion , mon cher Saint-Vincens, pour vous envoyer mon livre, mais vous le recevrez aussitôt que mon frère , et je souhaite qu'il remplisse les idées que vous en avez. Je suis bien touché de la part que vous voulez prendre aux suffrages qu'il a obtenus; mais vous estimez trop ce petit succès. Il s'en faut de beaucoup, mon cher ami, que la gloire soit attachée à si peu de chose; vous vous moquez de moi, quand vous parlez là -dessus comme vous faites. Un homme qui a un peu d'ambition , serait bien vain , s'il

de dire, qu'il n'a lu encore que les deux tiers du livre; or, dans la première édition, la Méditation est à peu près à la moitié du volume (pages 256 à 266), et les Maximes sont à la fin.

croyait avoir mérité de telles louanges pour avoir fait un petit livre ; ce qui me touche , mon cher Saint- Vincens, c'est qu'elles viennent de votre amitié. C'est cette amitié qui m'honore, et qui me fait aimer moi-même la vertu, afin de vous plaire toujours, et de vous faire estimer, si je puis, les sentiments que je vous ai voués jusqu'au tombeau.

Je vous prie, mon cher Saint-Vincens, de dire à mon frère que j'ai reçu avant-hier l'huile qu'il m'a envoyée, parce que je ne pourrai peut-être pas lui écrire par ce courrier. Je vous prie de l'aimer et de vivre avec lui ; outre qu'il est mon frère, il est mon plus cher ami. Il appartient peut-être à d'autres de le louer de beaucoup de choses; mais il m'est permis, je crois, de dire que rien n'égale la noblesse de ses sentiments et la beauté de son naturel : je vous ai dit souvent la même chose, mais vous pardonnez à l'amitié de trouver du plaisir à la redire.

Je suis fâché que vous ne me disiez jamais un mot de la Provence dans vos lettres, et que vous oubliiez même de me parler des personnes que vous savez que je considère le plus.

LETTRES. 3y9

Page 1