LETTRE LXII
VAUVENARGUES A VILLEVIELLE.
A Paris, le 28 mars 1746,
à l'hôtel de Tours , rue du Paon ,
faubourg Saint-Germain.
Quoique vous ne songiez plus à moi, mon cher baron1, j'ai encore la folie de vous aimer et la simplicité de vous le dire. Je me suis flatté, tout l'hiver, que vous pourriez venir à Paris, et je vous attendais, pour vous gronder selon vos mérites; mais je commence à craindre que vous ne veuillez pas vous montrer sitôt ici, avec un fils déjà trop grand, et qui vous ferait plus vieux que vous n'êtes : lorsque vous vous croirez sans conséquence, mon aimable ami, j'espère que vous me donnerez la joie de vous voir. J'ai fait imprimer, cet hiver, un petit ouvrage que je vous envoie. Il a paru au mois de février; j'attendais le printemps pour vous en faire part, afin de vous trouver sans fièvre, et de bonne humeur. Recevez-le donc, mon cher
1 Voir ci-dessus, p. 366, la note
Villevieillc , et tâchez de le lire doucement; car je vous avertis que ce n'est pas un de ces livres qu'on entend trop vite; il faut être un peu fait à la fatigue pour le lire , et, de temps en temps , prendre haleine.
Informez-moi, en attendant, mon cher Villevieille, de ce que vous faites, et songez un peu plus sérieusement à venir ici. Vous y viendrez trop tard pour moi, si vous différez davantage; car je suis toujours accablé de maladies, et j'ai perdu, en quelque sorte, l'espérance de rétablir ma santé. Je vous dis cela, mon ami, afin de vous toucher par la compassion, si je ne le puis plus par l'amitié. Adieu.