‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 84 sur 93 · LETTRE LXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVII

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A Paris, le 8 décembre 1746.

Est-il possible, mon cher Saint- Vincens, que vous m'écriviez d'Aix, du 30 novembre, et que vous ne me disiez pas un mot des mouvements des ennemis, du passage du Var, de la conduite singulière des Espagnols1, et de tout le reste? On est, ici , dans une violente inquiétude depuis deux jours . la mienne doit être plus vive que celle des antres; elle l'est aussi, mon cher Sainl-Yincens , et vous en savez les raisons.

Le maréchal de Belle-ïsle ayant refusé nos troupes, je crois que je puis être dispensé de faire un voyage en Provence, qui ne me paraît plus aujourd'hui si nécessaire, et qui, certainement, nuirait beaucoup à ma santé et à mes yeux; mais je suis

1 Au moment de l'invasion austro-sarde , lem Espagnols , nos alliés, nous avaient abandonnés, pour aller couvrir la Savoie dont ils étaient maîtres encore. — B.

tourmenté des réflexions que je fais sur les misères tic notre province, sur la position de ma famille et de mes amis , et sur ma propre situation. Je vous serai sensiblement obligé, si vous voulez m'écrire quelquefois, jusqu'à ce que mon frère soit à Aix; vous comprenez, mon cher ami, combien je dois être occupé de vous et de la Provence, en de telles circonstances. Je ne vous dis pas à quel point je vous suis attaché; vous le savez. Je vous aime, et vous embrasse bien tendrement.

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