LETTRE LXXX
V AU V EN ARGUES A SXIKT-VINCEKS.
A Paris , le 11 février 1747.
Je me réjouis avec vous, mon cher Saint-Vincens, et avec tous les bons citoyens, de l'expulsion des ennemis, et du soulagement que leur retraite apporte à nos misères. J'ai été pénétré, autant que
x M. de Monclar.
vous, de tout ce que la province a souffert; le tort particulier que vous craigniez de recevoir de la continuation de la guerre me touchait comme vousmême. Je veux espérer que le crédit de la province se rétablira, et que vous conserverez votre revenu; vous me donnerez une grande marque d'amitié en minstruisant là-dessus comme je le puis désirer.
Vos lettres ont été ma consolation depuis que je garde la chambre. Je ne me flatte pas encore de sortir de si tôt, car il n'y a aucun changement à mon engelure1; la plaie est toujours la même, et l'os fort gonflé. Le défaut d'exercice influe sur ma santé; je ne digère point, et je suis plein d'humeurs qui se portent sur ma poitrine, et irritent ma toux; je vous entretiens de toutes ces bagatelles parce que je sais que vous m'aimez.
Je vous prie de remercier MM. de Monclar et de Vencc de leur souvenir; je regrette souvent de ne pouvoir cultiver moi-même leurs bontés et leur estime.
Adieu, mon cher ami, je vous embrasse tendrement, et vous suis dévoué pour toute ma vie.
I*Ce que Vauvenargues nomme engelure n'était autre chose que la gangrène par congélation. — Voir, ci-dessus, p. 317, la lettre XXII, du 14 mars 1742, où il parle de la retraite de Prague, dans laquelle il avait eu les jambes gelées.